38e congrès du PCF, qu’en restera-t-il ?

Mon intervention dans le débat général du 38e congrès du PCF

Cher·es camarades,

Allons-nous avoir un congrès extraordinaire, rien n’est moins sûr à cette heure.

Devant le risque de disparition de nos idées et de notre parti, nous avions besoin d’un congrès extraordinaire car comme l’avait dit Pierre Laurent à l’université d’été en août 2017 en annonçant ce congrès « l’heure est venue de notre propre révolution politique, de notre réinvention en quelque sorte. »

C’est pourquoi nous avions besoin d’un congrès qui permette de regarder en face les causes de notre affaiblissement, car pour réussir à se soigner, il faut d’abord faire le bon diagnostic.

Nous avions besoin d’observer que si nos choix conjoncturels ont pu ces dernières années corriger ou aggraver cette tendance, notre baisse d’influence n’est pas nouvelle, qu’elle vient de loin : 30 ans, 40 ans… et pas seulement de tel ou tel virage récent mal négocié.

Nous avions besoin dès lors de reconnaître que cette baisse d’influence, est d’abord liée à des causes qui nous sont propres, pas la faute aux médias (même s’il y a beaucoup à dire), pas la faute à Jean-Luc Mélenchon (même s’il y a aussi beaucoup à dire), pas plus la faute à un ennemi de l’intérieur qui travaillerait, à liquider le parti communiste, à l’effacer comme l’a martelé le texte du Manifeste.

Nous avions besoin, même si c’est douloureux, et surtout pas pour s’y résoudre, nous avions besoin de constater qu’aux yeux de notre peuple, nous n’incarnons plus comme force politique, un projet crédible et désirable de transformation sociale, et que l’idée même communiste est désamorcée, profondément abîmée, et pas seulement en France. Est-il raisonnable entre nous de se rassurer en se racontant que nous en sommes-là faute d’avoir suffisamment expliqué et défendu nos bonnes idées, « campagne coût du capital » ou encore « sécurité emploi formation » que nous rabâchons depuis 30 ans sans qu’elle imprime dans la société ?

Nous avions besoin de produire des gestes fort pour nous débarrasser de ce qui nous colle à la peau et empêche que notre combat soit pris pour ce qu’il est : un communisme qui soit une écologie et plus un productivisme, une liberté et pas un carcan, une diversité et pas un nivellement, une mise en commun et une association plutôt qu’une étatisation…

Nous avions besoin de reconnaître qu’un parti révolutionnaire ne saurait faire du terrain électoral et de la conquête de positions électives, le moteur exclusif de son activité, mais au contraire de nous tourner avec passion vers tous les lieux de luttes, tous les endroits où cela bouge, de n’écarter aucun travail en commun.

Nous avions besoin de nous souvenir que pour reprendre les mots d’Engels et Marx, notre rôle est d’oeuvrer inlassablement à l’unité du prolétariat, au rassemblement ceux qui ont intérêt au changement. Oui l’urgence est au rassemblement des forces de transformation sociale, et c’est bien notre rôle que d’en être le ferment. Et ce ne sont pas les appels aux candidatures communistes tous azimuts, les coups de mentons, l’affirmation identitaire affolée qui nous aideront à nous faire respecter.

Et pour bâtir le parti de notre temps, nous avions besoin d’analyser ce qui fait obstacle à l’engagement politique des femmes et des hommes à qui nous proposons la lutte en commun, nous avions besoin d’autre chose que de lister les mêmes chantiers rouverts depuis 30 ans sans succès.

Parce que ses finalités étaient différentes, on trouve fort peu de points d’appui dans le texte qui a été adopté par une minorité de communiste pour affronter positivement ces défis : communisme, être révolutionnaire aujourd’hui, rassemblement, comment s’organiser… Bien sûr, les conférences de section et congrès départementaux ont limité la casse, en supprimant ce que le texte avait de plus dangereux, en ajoutant d’indispensables combats oubliés comme le combat écologique. Mais sommes-nous au niveau pour l’instant ? Qu’est ce que l’histoire retiendra de ce congrès ? Pour le moment, aucun idée nouvelle, mais seulement que nous aurons remplacé Pierre Laurent par Fabien Roussel, deux camarades qui bien sûr méritent notre amitié et notre respect, mais est-ce vraiment la question que l’histoire nous pose ? Encore un effort mes camarades.

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