Appel pour une dynamique populaire du Front de gauche

Un appel circule depuis quelques jours sur Internet. Mon quotidien l’a également publié. Je l’ai signé. C’est pour moi nouveau que de signer un appel, car je soupçonne souvent ces textes de carillonner le rappel de troupes invitées à se compter, à établir des rapports de force, instruments de batailles de chapelles souvent éloignées des mobiles apparents du texte…

Malgré cette prudence habituelle, j’ai choisi de le signer, alors même que son contenu n’est pas sans me poser problème, ou tout au moins question. Et d’abord parce que je ne suis pas, moi, orphelin d’une organisation politique.

De quoi s’agit-il ? D’appeler à la formalisation d’un cadre permettant d’accueillir, non comme simple supporter, mais comme acteur à part entière, celles et ceux qui se reconnaissent dans la dynamique du Front de gauche.

J’entends des camarades dire qu’ouvrir cette possibilité, c’est ouvrir la porte à la création d’un nouvelle force politique, s’engager dans une logique d’organisation, avec ses chefs, ses représentants, ses porte-paroles, ses lieux de délibérations mais aussi ses enjeux de pouvoir, c’est à dire avec toutes les limites de structures politiques qui se rattachent à la matrice léniniste. Je partage ce soucis et je l’ai moi-même activement relayé.

Mais nous avons à ce stade un autre problème. Nous allons partout clamant notre intention d’élargir le Front de gauche. Nous disons ne pas vouloir nous enfermer dans les constructions de sommet. Nous indiquons également que cet élargissement ne saurait consister en l’agglomération de groupuscules, et notamment ceux qui sont candidats à leur entrée dans le Front de gauche. Nous voulons un engagement populaire de grande ampleur. D’accord.

Mais alors comment faire ? Comment donner la possibilité à celles et ceux qui ne se reconnaissent, au moins provisoirement, ni dans le Parti communiste français, ni dans le Parti de gauche, ni dans la Gauche unitaire, de rejoindre au sens plein du terme la dynamique que nous construisons ? Comment leur donner une place délibérative, propositionnelle ? Comment permettre une égalité de droit dans ce rassemblement ? La demande formulée par nombre d’intellectuels, d’artistes et de syndicalistes dans cet appel n’est-elle pas légitime ? Celle de plus obscurs militants, dans nos villes, nos quartiers, nos entreprises ne l’est pas moins.

Nous ne résoudrons pas le premier problème, sans résoudre d’abord le second. Certes, on peut légitimement craindre que la création d’une forme partidaire pourrait, sans la renouveler, concourir à l’effacement du Parti communiste français, de son apport théorique, de sa force agissante.

Mais si l’on observe lucidement que la dynamique du Front de gauche suscite un espoir inédit et palpable dans la population, on ne peut la laisser échouer. Or, si la seule perspective que nous offrons aux citoyennes et citoyens consiste à se rassembler autour de ce Front d’organisations, comme on rassemblait jadis autour du grand parti communiste, ou si la seule issue est d’organiser un fan club autour du mieux disant médiatique, nous ne permettrons pas l’irruption citoyenne massive sur le terrain politique de l’alternative.

Au mieux, nous ferons un rassemblement électoral de plus alors que les changements nécessaires devront, pour être mis en oeuvre et réussir, compter non seulement des millions d’électeurs, mais surtout des millions d’acteurs. Aucune des forces qui composent le Front de gauche ne peut prétendre les accueillir. Aucune de nos familles politiques, communiste, trotskyste et républicaine ne saurait témoigner de la diversité des engagements nécessaires et disponibles. C’est la clé du changement révolutionnaire dont, me semble-t-il, le Parti communiste français est porteur. Il sera dans son rôle en relevant ce défi, en étant inventif, et l’histoire pourrait bien en fin de compte, lui rendre cet hommage.

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