Avoir confiance en notre peuple

Ci-dessous, la tribune que m’ont inspiré les appels à dépasser le Front de gauche, comme à l’organisation de primaires et que l’Humanité a bien voulu publier dans son édition du 25 janvier 2016 dans sa rubrique « La gauche en débat« .

L'Homme qui ne voulait surtout pas quitter sa planète - Pascal Colrat

Avoir confiance en notre peuple

Le Front de gauche est en échec a-t-on entendu. Certes, mais est-il un échec ? Ce n’est pas encore certain. Mais les appels réguliers à son dépassement dissimulent mal le choix politique d’en finir avec lui. Pourtant, si les conditions politiques ne sont plus tout à fait celles de 2009, les raisons qui ont justifiées cette stratégie demeurent d’actualité.

Le Front de gauche , une stratégie d’avenir

Convenons d’abord que des dizaines de milliers de militants issus de traditions politiques différentes se reconnaissent encore dans le Front de gauche. Les sondages montrent que c’est une référence pour des millions d’électeurs. Les conflits de sommet ne doivent pas masquer ce désir de renouveau et d’unité. Il y a encore beaucoup de commun dans le Front de gauche.

Cette démarche résulte aussi d’un débat profond au sein de la gauche qui n’a fait que croître depuis 2005. Le choix du Front de gauche est celui de faire évoluer les rapports de force à gauche, de ne pas s’en tenir à un rôle d’aiguillon mais d’aller vers une logique de large rassemblement anti-libéral. Aujourd’hui encore, l’ampleur des défis sociaux et écologiques, comme la droitisation du PS rend ce rassemblement indispensable.

Un 1er appel à des primaires de la gauche vient d’être rendu public. Il témoigne d’une préoccupation avec laquelle le PCF doit dialoguer. Pour autant, s’engouffrer dans cette logique serait redoutable. Elle nourrit le présidentialisme et l’illusion qu’il suffirait de se débarrasser de Hollande pour ressusciter la gauche. Elle nous engagerait dans une course de personnalités, marginalisant la question des contenus. En outre, l’histoire démontre que le score élevé de la ligne Montebourg dans la primaire socialiste, n’a pas pu peser sur la ligne libérale du gouvernement. Et que ferons-nous si en résultait la désignation d’un candidat avec lequel les forces du Front de gauche sont en désaccord sur à peu près tout : Europe, dette, services publics… ? Enfin, qui peut croire qu’Hollande ne sera pas candidat, avec rangé derrière lui l’appareil du PS ?

Ce qui nous a conduit à la création du Front de gauche, c’est, à la différence de ces jeux politiciens, le choix de bâtir un rassemblement citoyen d’un nouveau type, de ne pas laisser la colère au vote FN, mais surtout de mobiliser sur un projet ceux qui se sont éloignés de la politique. Le potentiel existe encore. Le tripartisme n’est pas écrit.

L’élection présidentielle aura lieu dans 15 mois. Face à trois candidats libéraux, pense-t-on indispensable que soit porté un véritable projet de transformation sociale, pour résister, et pourquoi pas être présent au 2nd tour, condition pour l’emporter ? Alors, assumons la persévérance d’une orientation stratégique, ne cédons pas à l’affolement que la pression exercée par le FN a pour but de susciter, et prenons des initiatives.

Travailler à un projet révolutionnaire…

D’abord, il faut d’urgence reprendre le travail collectif au sein du Front de gauche. Depuis 3 ans, il ne produit plus rien de commun. Les communistes organisent des conventions sur l’Industrie, l’Europe souvent intéressantes. Mélenchon lance son « M6R » puis tente avec « la mer » de donner une perspective concrète à une réindustrialisation écologique. Mais rien de tout cela n’atteint nos concitoyens, car rien n’est porté en commun. Si nous voulons construire une alternative, nous devons dire clairement où nous voulons aller et comment.

Nous aurons moins d’un an pour mettre en œuvre la stratégie validée au congrès. Si nous nous donnons l’ambition de faire émerger une 4e force, citoyenne, nous devons proposer sans tarder aux organisations du Front de gauche de coorganiser des États généraux pour une alternative populaire. Appelons cela comme nous voulons pourvu qu’ils réunissent ceux qui sont prêts à travailler avec le Front de gauche, pour une alternative sociale, écologique et anti-capitaliste.

..au cœur d’un Front de gauche enfin populaire

Prenons l’initiative de créer ou relancer des Assemblées citoyennes dans chaque ville de France pour construire cette alternative et se tenir aux côtés de ceux qui sont attaqués : chômeurs, salariés, migrants, militants syndicaux et des libertés. Donnons à ces assemblées des pouvoirs délibérants. Comme d’autres, je suis communiste et engagé dans le Front de gauche. Mes identités sont multiples et aucune d’entre elles ne diminue les autres.

Enfin, préparons notre candidature à la présidentielle. Celle-ci ne saurait écarter aucune des personnalités du Front de gauche ou d’autres figures citoyennes ou politiques qui pourraient nous rejoindre. Un collectif sera ainsi constitué et parlera en notre nom, car notre candidature doit affirmer son pluralisme et subvertir le présidentialisme. Le ou la titulaire sera in fine choisi par vote citoyen ou pourquoi pas par tirage au sort. Quel meilleur moyen de dire que l’issue n’est pas dans l’Homme providentiel ?

Tous les acteurs du Front de gauche ont à cette heure une grande responsabilité. Les communistes tout particulièrement. Notre rôle est d’avoir confiance dans notre peuple, pas de le redouter.

3 réflexions sur “Avoir confiance en notre peuple

  1. Complètement d’accord avec la dernière phrase. Pourtant j’ai l’impression que certains militants du Parti n’osent plus se confronter à l’opinion de la rue. Sans doute par crainte d’y entendre la voix du FN alors qu’ au contraire la bataille des idées est plus que jamais indispensable.

  2. Je partage la plupart des attendus de la conclusion de Franck Mouly à l’exception d’un point de méthode. « Un collectif sera constitué et parlera au nom ». Mais ça on ne sait pas faire. Et nos porte paroles n’ont été, en fait, que les leaders des formations qui constituent le Front de Gauche. Et l’on retombe dans la lutte des égos et donc, au bout du compte, quelles que soient les excellentes raisons dont on l’habille, dans l’incapacité à jouer collectif. Pour retenir le choix du tirage au sort, là on entre dans l’improbable, voire le poétique, ce qui au fond me paraît le plus intéressant dans la mesure où l’abnégation et l’altruisme préside à ces choix, il faut un peu de culot mais du même coup on désacralise la présidentielle sans la déserter. A réfléchir.

  3. Oui je crois que le Front de gauche (FDG) n’est « un échec » que pour ceux qui veulent en finir avec lui. Et quoi à la place ? En Europe une voie nouvelle se dessine dans plusieurs pays qui ne passe ni par la droite libérale ni par des socialistes libéraux. Pourquoi pas ici.
    Je rêve d’un congrès du PCF qui fasse émerger une jeune génération qui ne croira pas ceux qui sont de mauvaise augure .

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *