Censure ? Affirmatif !

Nous avons passé hier soir le cap des 500.000 vues (sur l’ensemble des plates-forme vidéo) sur la vidéo réalisée par mes camarades et moi-même collaborant au secteur communication du Parti communiste français. Un beau score en seulement 3 jours !

Si nous avons réussi un coup, c’est d’abord celui de poser dans le débat public plusieurs questions soulevées par la censure réflexe opérée par Dailymotion dès sa mise en ligne sur mon compte personnel. Elle sera restée moins d’une heure. Pourquoi ? Mystère, le mail me confirmant cette suppression aura mis plus de 24 heures à me parvenir : « contenu ne respectant pas les conditions d’utilisation de Dailymotion ».

Pour obtenir de plus amples explications, il aura fallut poser en grand la question par la voix d’un communiqué de presse officiel du Parti communiste français, mardi midi : y-a-t-il eu censure et pourquoi ?

Le moins qu’on puisse dire, c’est que la réponse de Dailymotion est discutable. J’ai eu la possibilité d’en discuter avec le part ailleurs très sympathique Antoine Nazaret, qui a suivi l’affaire pour le compte de Dailymotion, avant que des huiles ne s’en mêlent, notamment en la personne de Martin Rogard, directeur de Dailymotion France.

Quels sont les arguments :

D’abord, Dailymotion dispose d’un système de reconnaissance des oeuvres sous copyright fourni (à grand frais me dit-on) par l’INA. La « censure » s’opérerait donc de manière automatisée, du moins pour les comptes des utilisateurs lambda. Or, comme la vidéo censurée a été postée sur mon compte personnel, celle-ci a été examinée par le logiciel inquisiteur et retirée de la publication.

Pourquoi a-t-elle été retirée ? Parce que les droits de la vidéo ayant servi de support à notre parodie, celle des voeux 2009 de Nicolas Sarkozy, seraient détenus par Canal +. Dès lors, Canal aurait demandé la suppression de notre vidéo en vertu du code de la propriété intellectuelle.

Une réponse fort étonnante s’agissant d’une vidéo diffusée sur la plupart des chaînes, visiblement avec les moyens du service public de l’audiovisuel. D’autant plus étonnante que le discours du Président de la République à la nation à l’occasion des vœux est un objet éminemment public. Revendiquer un copyright sur ces images est bien évidemment absurde, mais c’est aussi une double contravention à la loi, au code de la propriété intellectuelle, article L122-5 qui prévoit que « Lorsque l’oeuvre a été divulguée, l’auteur ne peut interdire » :

  • 3°) c) « La diffusion, même intégrale, par la voie de presse ou de télédiffusion, à titre d’information d’actualité, des discours destinés au public prononcés dans les assemblées politiques, administratives, judiciaires ou académiques, ainsi que dans les réunions publiques d’ordre politique et les cérémonies officielles » ;
  • 4°) La parodie, le pastiche et la caricature, compte tenu des lois du genre ;

En censurant la vidéo du Parti communiste, c’est le droit à l’information et à la parodie qui est bafoué.

Pourquoi par ailleurs, retirer précisément cette vidéo, signée par le Parti communiste français, alors que l’on peut voir encore aujourd’hui nombre d’autres parodies des vœux présidentiels reprenant le même principe humoristique que celui que nous avons employé, et parfois, les mêmes images…

Enfin, pourquoi prétendre que notre vidéo n’aurait pas été retirée si elle avait été publiée avec le compte officiel du Parti communiste français ? Comment justifier que ce qui serait possible pour une organisation ayant pignon sur rue comme un parti politique ne le serait pas pour un individu lambda, un citoyen souhaitant lui aussi user de son droit légitime à la parodie ? Ce sont d’ailleurs des pratiques montantes sur le réseau : nombre d’internautes, filment, reprennent des images diffusées à la télévision ou sur internet, pour les remixer, les doubler, les mettre en musique. C’est d’ailleurs sur leur créativité que prospèrent les plates-formes de diffusion telle que YouTube ou Dailymotion. Comme prospère par ailleurs Canal + dont nombre d’émission à succès reposent sur la compilation, le remixage et le détournement d’images diffusés sur les chaînes de télévision…

Tout cela démontre en outre que les mécanismes de filtrage automatique de contenus, tels que préconisés par la loi Loppsi sont dangereux. Confier à des autorités privées, et notamment aux fournisseurs d’accès ou de services le soin de filtrer l’internet constitue une grave atteinte aux libertés.

La tache de la gauche sera de remettre sur le métier cet attirail législatif dangereux et inopérant à protéger les artistes et interprètes. Un sujet sur lequel je reviendrai.

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