Les conditions d’un nouvel élan communiste ?

Les communistes sont appelés à contribuer à l’approche du congrès. Je me prête à l’exercice avec à l’esprit l’importance que va revêtir ce congrès, tant pour notre peuple que pour notre parti, et la gravité des enjeux qui sont posés à l’Humanité.

12191130_10206482395031431_707671485927234260_o

L’ampleur des défis est en effet inédite dans l’histoire. Car c’est bien la survie, à brève échéance, de l’Humanité toute entière qui est en jeu. C’est pourquoi la proposition politique que nous avons à faire doit se hisser à ce niveau de réponse. Alors que nombre d’entre nous s’interrogent sur notre stratégie, sur la gauche, l’avenir du Front de gauche ou encore l’hypothèse de primaires pour l’élection présidentielle de 2017, la nature des défis à relever doit nous conduire à revivifier notre ambition révolutionnaire et peut probablement nous permettre de mieux cerner les contours de l’alternative politique que nous entendons activer.

5 défis pour construire « Un monde en commun »

Bien sûr, je ne prétend pas épuiser l’ensemble des défis qui sont devant nous. Mais je me propose ici, à partir de cinq questions qui me semblent essentielles, de dessiner un nouveau territoire du combat politique progressiste du XXIe siècle, et donc du rassemblement à construire.

Laïciser les technologies

La capitalisation boursière des quatre principales plate-formes de l’économie numérique, Alphabet (Google), Amazon, Facebook et Apple représente 1.550 milliards de dollars, soit près de 75 % du PIB de la France. C’est une puissance de frappe financière considérable. Elle se double de capacités analytiques et prescriptives inédites des comportements humains, permises par des algorithmes toujours plus performants, déployés de façon omniprésente et indiscernable à travers l’internet des objets et qui s’insinuent dans l’ensemble de notre quotidien. Dès 1999, Lawrence Lessig pressentait l’importance normative des algorithmes et logiciels par une formule limpide : « Le code, c’est la Loi »1. Maîtriser le code, c’est maîtriser la norme, c’est affecter ou reformuler des fonctions sociales. Ainsi le service Uberpop rebat les cartes du travail en transformant des particuliers en chauffeurs. Dès lors que le normatif sort du champ politique pour entrer dans celui de la technologie, les maîtres de la technologie sont les maîtres du champs politique. Un processus d’autant plus aisé que le politique s’est lui-même subordonné à l’économique. C’est ce qu’ont parfaitement compris les dirigeants de Google ou Facebook. Comme Henri Ford formulait hier un projet politique pour l’humanité qui soit compatible avec le capitalisme dont il était le fer de lance, les dirigeants de l’économie numérique sont porteurs d’un projet éminemment politique, poussant l’idéologie libertarienne dans des retranchements quasi religieux : ceux d’une Humanité augmentée, transhumaniste, c’est à dire un dépassement consistant, au fond, à « éliminer l’humain dans l’Homme »2. Ainsi, les utopies cauchemardesques de la littérature ou du cinéma de science-fiction sont désormais très près de rejoindre le réel, identifiant le lieu d’une prochaine soumission de la civilisation humaine à la singularité technologique, c’est à dire à une intelligence artificielle supérieure la surplombant. Pourtant, et contradictoirement, la révolution numérique constitue un appel à dépasser les formes traditionnelles de production de la richesse : partage des connaissances plutôt que leur enfermement dans la propriété intellectuelle, modèle organisationnels auto-gérés plutôt que pyramidaux, etc… C’est donc une nouvelle ligne de front du combat pour les communs et la « recapacitation » des citoyens qui s’ouvre à l’endroit de la maîtrise citoyenne des technologies qu’il s’agisse du génome, des nanotechnologies ou du numérique. C’est un des combats communistes de notre temps que nous avons trop longtemps différé3. La tranchée est déjà tenue par nombre d’acteurs de l’Internet, hackers, développeurs de logiciels libres, défenseurs de la neutralité du Net, animateurs de FabLabs,… Des passerelles politiques nouvelles sont à créer avec eux.

L’effondrement de la finance mondiale, une opportunité ?

Si la toute puissance de ce nouveau capitalisme, « techno-financier », semble sans limite, c’est parce qu’il est avant tout hors de contrôle. Les années 90 et 2000 ont vu l’explosion de la financiarisation de l’économie mondiale, la constitution puis l’explosion des « bulles » spéculatives successives, détruisant des quantités de richesses chaque fois plus considérables. Le risque systémique s’est considérablement accru par la titrisation et la dissémination des valeurs au sein de produits financiers toujours plus complexes, le « shadow banking » mais aussi par la sophistication des technologies spéculatives, comme le trading haute-fréquence permettant des transactions financières à la nano-seconde et qui représentent aujourd’hui 90 % des ordres d’achat. A la manière des tremblements de terre qui résultent d’une brutale libération d’énergie, proportionnelle aux contraintes exercées par les plaques tectoniques, la valeur détruite à l’occasion d’un krach financier se mesure en fonction des volumes spéculatifs et la vitesse des échanges. Ce sont 25.000 milliards qui se sont évanouis pendant la première année du dernier grand krach financier, en 2008, soit l’équivalent du produit mondial brut. Face à l’imminence d’un effondrement financier global, banques et investisseurs avaient alors bénéficié de plusieurs vagues de soutien d’une ampleur inégalée : probablement plus de 3.000 milliards pour la seule zone euro. Un soutien dont nous payons aujourd’hui la contrepartie par des politiques d’austérité généralisées. Alors que les signes d’un nouveau krach se multiplient, dont la probabilité est confirmée par nombre d’experts et qui pourrait s’avérer encore plus dévastateur que celui de 2008, la question est posée : faudra-t-il se joindre, comme en 2008, à l’unanime appel à « sauver les banques », posé comme condition pour sauver notre économie ? Ou considèrerons-nous que le naufrage des banques pourrait-être une opportunité ? Le débat ne doit pas être esquivé lors de ce congrès, si les spéculateurs nous en laissent le temps. Examinons enfin, quelles conditions doivent être réunies pour que l’effondrement du système financier, soit l’occasion de bâtir une alternative économique, une autre finance, une autre rationalité macroéconomique.

Enfin écologistes !

Deux mois après la COP21, qu’en reste-t-il sinon le souvenir d’une opération de communication plutôt réussie et peut-être le succès symbolique d’avoir réuni 196 délégations, exprimant dans un texte commun, la nature planétaire des enjeux écologiques et donc des solutions à déployer ? Pour le reste, pas grand-chose. A la bifurcation de l’économie mondiale vers un modèle non productiviste, la COP21 a préféré l’inflexion et le capitalisme vert. A l’impératif d’engagements précis et contraignants, elle a penché pour le conditionnel et l’ambiguïté. Bref, tout continue comme avant ou presque et le désastre se précise. Toutes les deux secondes, l’équivalent d’un terrain de football de forêt disparaît, 13 millions d’hectares chaque année, soit un quart du territoire de la France. Pollution par rejet, surpêche, acidification, septième continent de plastique,… l’hypothèse de voir les mers et les océans débarrassés de leur diversité biologique, et se transformer en immensités d’eaux mortes est un avenir possible. Pourtant, le poisson est la seule ressource protéinique pour un milliard d’êtres humains. Montée du niveau de la mer, contaminations industrielles, épuisement des ressources naturelles, phénomènes climatiques extrêmes,… l’empreinte écologique du consumérisme, consubstantiel au capitalisme, menace désormais directement la survie de l’humanité. Si tout le monde consommait comme un citoyen des États-Unis, il faudrait les ressources de cinq planètes ! Deux et demie pour un français. La moyenne mondiale est de 1,4 planète, ce qui signifie en clair que nous puisons 40 % de ressources au-delà des capacités de la Terre à les produire et à assimiler nos déchets. Au-delà du risque d’accident écologique global et irréversible conduisant, à terme, à l’extinction de notre espèce, ce modèle productiviste est source de conflit majeurs : guerre pour l’accès aux ressources, migrations climatiques et économiques massives,… Certes, ces questions ont pris progressivement une plus grande importance dans nos textes de congrès, dans les positions des communistes. Pourtant, dans notre projet, dans nos luttes et nos pratiques, le défi écologique demeure subordonné au défi social, notamment par le chantage à l’emploi, alors qu’ils sont indissociables. Le rôle historique de lanceur d’alerte, assumé par l’écologie politique traditionnelle, est achevé. En n’affrontant pas la question du capitalisme et embourbée dans ses logiques politiciennes, elle n’est pas en situation d’offrir des réponses à la hauteur des enjeux. Il est donc temps pour les communistes d’être enfin écologistes, sans complexe ! Le progrès dans les consciences populaires de l’impasse du modèle productiviste ouvre de espaces de mobilisation inédits auxquels nous devons consacrer nos efforts.

Faire reculer le marchand

Bien sûr, la plupart des êtres humains sont loin des agapes de la société de la marchandise. Ici même en France, la misère explose pour 7 à 9 millions de personnes et la multitude est tenue à l’écart de la « fête ». Le partage de la richesse reste donc une question centrale. Assumons d’abord qu’il convient de mettre des limites à l’accumulation de richesses. Allons plus loin. Nous devons faire reculer l’ordre marchand au profit de la gratuité. Notre perspective doit être claire : démonétiser progressivement et totalement l’éducation, la santé, les transports, l’accès à l’eau, à l’énergie, au logement, à la culture,… Le temps est venu d’une nouvelle extension des communs, des services publics. Étudions par exemple les possibilités qu’offriraient, notamment pour redistribuer les pouvoirs au cœur d’une entreprise révolutionnée, l’extension de la cotisation sociale pour financer l’investissement productif, comme le salaire direct, conçu comme un droit universel. Examinons l’hypothèse d’un revenu contributif universel, et d’une manière générale ce qui pourrait abolir la violence du marché du travail. L’échec du modèle soviétique ne doit pas nous conduire à être défensif en quémandant un peu plus de pouvoir pour les salariés, ou en se proposant seulement taxer un peu plus le capital. N’est-il pas temps de tenter de penser, d’énoncer et d’éprouver une nouvelle alternative de civilisation ? Le niveau d’éducation global, les moyens de communication et d’échange comme les progrès technologiques ne rendent-ils pas enfin envisageable, la construction d’une société de travailleurs librement associés à laquelle Marx nous invitait ? Voyons que ce nouvel ordre social existe et s’élabore déjà, au cœur de nos sociétés. Voyons cette jeunesse qui refuse l’asservissement de l’emploi, recherche du sens dans le travail et projette dans celui-ci une individuation qui conditionne le retour du collectif. Là aussi, créons les passerelles entre ce qui chemine dans les têtes, et la perspective que nous portons comme communistes.

La possibilité du bonheur contre la bêtise systémique

Vue de loin, nos riches sociétés sont tournées vers la recherche du bonheur individuel. De plus près, ces sociétés de la jouissance sélective produisent surtout de la frustration, et une perpétuité de pulsions qui laissent orphelins nos désirs intimes. Cette situation n’est pas le prix à payer du développement. C’est le produit d’une industrie, celle de la « fabrique du consentement »4 selon la formule de Noam Chomsky, de façonnage de l’opinion comme de nos inconscients. Chaque jour, nous sommes bombardés par des milliers de messages publicitaires aussi bien que par les sermons des prêtres de la religion capitaliste. La plupart des moyens de communication sont aux mains des forces de l’argent : en France sept milliardaires détiennent l’essentiel de la presse, des radios et télévisions, ces nouvelles cathédrales idéologiques. Ces gens nous veulent abêtis, soumis, frustrés et tristes. Le résultat nous le voyons : une société de la dépression, une société qui n’est plus capable de se penser un destin commun, qui se console dans le morcellement et le repli sur des identités imaginaires et forcément antagoniques. Une société où « l’avoir » a préempté tout espace à « l’être ». Une société du sens évaporé, de l’obscurité et où certains se cherchent un chemin jusque dans la plus absurde barbarie terroriste et la haine fasciste. Face au vide creusé par la disparition du fait civilisationnel ne restent que les dieux et l’argent. Il n’y a pas de guerre des civilisations. Mais il y a une guerre à la civilisation, nourrie par toutes les pulsions morbides. Ses généraux vont de Trump à Poutine, de Pegida à Daesh, de Valls aux Le Pen, de Zemmour à Piquemal. Cette guerre à la civilisation se répand, alimente une nouvelle irrationalité géopolitique, et sert de justification aux guerres qui se mènent pour la maîtrise des ressources naturelles. Les ingrédients d’une nouvelle conflagration mondiale sont réunis. Elle se déploie sous les yeux aveugles de ceux qui n’ont jamais connu que la paix. Si la guerre mondiale est peut-être pour demain, la guerre mondialisée est d’aujourd’hui. Nous ne l’empêcherons pas à coup de missiles ou de déchéance de nationalité. Nous la ferons reculer en faisant reculer la machine à produire de la « bêtise systémique » selon la formule de Bernard Stiegler.

Réinventer la gauche et le PCF

Ces cinq constats, en autant de possibles, posent directement la question d’une refondation citoyenne de la gauche.

Une gauche exsangue

Si nous pensons qu’affronter la finance, faire reculer l’ordre marchand, engager la transition écologique, faire reculer la marchandise au profit d’un bonheur choisi c’est urgent, si nous pensons que le combat pour la démocratie dans la ville comme dans l’entreprise est transverse à tout ces chantiers… nous devons imaginer quel rassemblement peut porter un projet qui se propose d’affronter ces questions. Certains répondent « la gauche ». Dans cet esprit, notre Parti a d’ailleurs lancé des « Lundis de gauche »5. Bien sûr, nous n’avons jamais eu autant besoin de gauche. Mais en même temps, comment ne pas voir que la gauche, du moins la gauche organique, est morte ? Depuis 2012, le Parti socialiste a achevé son Bad Godesberg, en s’alignant sur les expériences libérales de Blair et Schroeder. L’arrivée de Valls complète le tableau d’une orthodoxie ultra-libérale adossée à des méthodes autoritaires, donnant des gages à un désir d’ordre réputé montant. Au sein de l’appareil de la rue Solférino, les plus rétifs à ce scénario sont incapables de faire bouger les rapports de forces et malgré l’accumulation inouïe des reniements, ils n’envisagent pas de refondation socialiste en dehors du PS. Quant à Europe Écologie Les Verts, cet attelage a sombré, pris en otage par une équipe dirigeante prête à tout pour un maroquin ministériel ou un siège au Parlement.

Le Parti communiste français, lui même est dans un état d’affaiblissement inédit que la réussite militante du Front de gauche a interrompu mais pas stoppé. La fin possible de l’expérience du Front de gauche confirmerait implacablement cet épuisement qui est tout autant militant qu’idéologique. Convenons d’abord que malgré nos efforts, dans les têtes de nos concitoyens, nous restons toujours largement associés à l’échec des socialismes d’État. Et parmi les expériences qui se revendiquent du communisme dans le monde, la Corée du Nord, caricature ultime des expériences soviétiques, ou le capitalisme autoritaire promu par le Parti Communiste chinois, ne nous aident pas à faire évoluer cette perception. Si l’idée communiste continue singulièrement d’être perçue comme positive dans une partie notable de l’opinion, nous ne parvenons pas à l’incarner politiquement. Ni révolutionnaires, ni parti de gouvernement, que sommes-nous alors ? Nous sommes hors champs. Ni notre Parti, ni ses principaux dirigeants ne sont plus « testés » en terme de notoriété par les instituts de sondage. Nous apparaissons au mieux comme un appareil du passé qui cherche essentiellement à préserver des positions électives de plus en plus réduites.

Des assemblées citoyennes souveraines

Nous sommes face à un chantier immense. Nous avons besoin de communisme, nous avons besoin de gauche. Mais ni le PCF, dans sa faiblesse, ni la gauche, dans ses égarements, ne sont en mesure de répondre, en l’état, aux défis. Certains appellent à élargir ou à dépasser le Front de gauche. Mais pour le dépasser, ne faut-il pas déjà s’assurer qu’il puisse être un socle raffermi et non délaissé ? Se replier sur notre Parti serait suicidaire, comme serait mortifère d’entretenir l’illusion que le PS et EELV pourraient se ressaisir dans un avenir proche. C’est me semble-t-il cette illusion aussi que les « primaires de la gauche » entretiennent, même si je comprends que des camarades, faute d’initiative politique nouvelle issue du Front de gauche, regardent avec espoir dans cette direction6. Il faut faire du neuf : les cinq défis que je mentionnais, et d’autres, nous y invitent. C’est pourquoi il faut lancer l’appel à refonder une gauche à nouveau populaire, et par conséquent à refonder le Parti communiste qui peut en être l’une des forces propulsives. C’est ce signal très fort que doivent lancer les communistes à l’occasion du congrès. Et ce signal, ce n’est pas à une poignée de frondeurs qu’il faut le lancer. C’est au peuple de France, ouvriers, chômeurs, jeunes des quartiers, intellectuels, agriculteurs, hackers, retraités, artistes, expatriés…

Quel serait le premier acte de cette refondation ? Appelons dans tout le pays à la création d’assemblées populaires avec des pouvoirs délibératifs. Toute l’énergie des communistes et des militants du Front de gauche qui le souhaitent doit s’y consacrer. Permettons à une nouvelle manière de faire de la politique d’émerger : les citoyens ne se veulent plus militants, soldats d’une cause et d’une organisation à laquelle ils doivent sacrifier leur singularité. Ils sont formés, informés, ils en savent souvent aussi long que les dirigeants politiques des forces qui réclament leurs suffrages. Ce temps nouveau appelle à révolutionner les formes de la vie politique. C’est ce que nous avons commencé avec les assemblées citoyennes du Front de gauche. C’est dans cette voie qu’il faut poursuivre. C’est le rôle du PCF de se mettre au service de ce rassemblement, le rôle des communistes d’en être le cœur battant. Comme le précisent Marx et Engels dans leur Manifeste du Parti communiste, « les communistes ne forment pas un parti distinct opposé aux autres partis ouvriers. » Et plus loin « Dans les différentes phases que traverse la lutte entre prolétaires et bourgeois, ils représentent toujours les intérêts du mouvement dans sa totalité. »7

Dans ces assemblées citoyennes, mettons en débat L‘Humain d’abord, pour qu’il puisse mieux tenir compte des enjeux de notre temps, pour permettre sa plus large appropriation. Allons vers des États généraux de la gauche citoyenne. Et si les communistes en congrès en décident, soyons le parti moteur de la fédération de cultures politiques éparses au sein d’un Front citoyen et populaire d’un nouveau type.

Réussir le rendez-vous de 2017

On objectera que le calendrier électoral nous oblige à avoir d’autres préoccupations. En est-il de plus urgentes que d’engager un processus politique visant à l’irruption des classes populaires dans le débat politique ? Il prendra du temps même si l’histoire connaît parfois des accélérations. Une telle démarche doit nous tenir à l’écart des tentations visant à « sauver les meubles », par une union artificielle de la vieille gauche, sans véritable projet commun, et justifiée au fond par un sauve-qui-peut généralisé. Bien sûr, le moment est grave. Pour les raisons déjà énoncées ici, mais également par la menace de l’extrême droite qui n’a jamais été si proche du pouvoir. Cette menace est réelle mais elle ne doit pas nous tétaniser. Ne lui faisons pas ce cadeau d’être celle qui porte, en apparence, une alternative aux politiques menées. Nous lui ouvririons un boulevard et signerions en même temps notre fin. Je crois qu’il n’y a pas de ligne de repli qui nous permettrait de passer ce mauvais moment. C’est un luxe que ni le pays ni notre parti ne peuvent se permettre.

Il me semble qu’au contraire, s’agissant d’un moment de politisation plus aigüe, qu’il peut fournir l’élan nécessaire à cette refondation. Et aussi l’élan nécessaire pour mener le combat des idées qu’une séquence électorale rend possible. Pensons-nous indispensable que notre projet puisse exister dans le débat de la présidentielle ? Croyons-nous possible de faire émerger une quatrième force, populaire, citoyenne et véritablement à gauche, face aux fascistes et aux deux candidats libéraux ? Il faut du mouvement, de l’élan. Et qui sait jusqu’où cet élan pourrait nous conduire ? Il peut y avoir des surprises heureuses, comme nous en voyons de plusieurs exemples inattendus ailleurs dans le monde.

Évidemment, Jean-Luc Mélenchon est candidat. Enfin, disponible… Il croit à un momentum anti-libéral et se pense seul capable de le porter. Qui sait s’il n’a pas raison sur le premier point ? Certes, cette déclaration unilatérale n’est pas une bonne nouvelle. Mais ne pouvait-on s’en douter ? N’est-elle pas aussi le produit d’une absence d’échange et de travail commun au sein du Front de gauche ? Les responsabilités sont bien sûr partagées. Mais notre investissement déclinant dans le Front de gauche, comme le report systématique de la préparation de l’échéance présidentielle, « on verra plus tard, on a le temps, les gens se préoccupent d’autre chose, n’attendons pas 2017 pour lutter etc, etc… », l’a évidemment conduit à tenter d’occuper un espace politique laissé vacant. Prenons-en à nous même, car nous pouvions éviter cela.

Ne perdons plus de temps. Reconnaissons que Jean-Luc Mélenchon a les qualités et la notoriété qui pourraient parfaitement lui permettre de porter la candidature de ce Front populaire et citoyen en 2017. Il n’est pas le seul, mais il a déjà fait la démonstration qu’il pouvait être un atout. Mettons sur la table une proposition de processus collectif, à partir des travaux d’assemblées citoyennes et de fronts thématiques, aboutissant à des États généraux à l’automne pour établir et rendre public, non pas la parole d’un homme, mais un projet partagé.

Pour gagner en force, le choix du candidat devrait, au final, faire l’objet d’une votation citoyenne. Elle pourrait avoir lieu à la fin de l’année. Et peut-être que d’autres figures, répondant au désir de renouvellement exprimé, émergeront-elles d’ici là ? Cette feuille de route rejoint, me semble-t-il, la préoccupation de celles et ceux qui défendent aujourd’hui une primaire des contenus. Elle pourrait, je le crois rassembler notre parti, le Front de gauche et porter un nouvel espoir pour la gauche et notre peuple.

Frank Mouly

Ancien membre du Conseil national du PCF

1Code: And Other Laws of Cyberspace par Lawrence Lessing (2000)

2Reconquérir la laïcité technologique par Jérôme Relinger publié dans le Journal L’humanité du 12 février 2016
http://www.humanite.fr/reconquerir-la-laicite-technologique-598860

3Les Etats généraux de la révolution numérique organisés par le PCF du 12 février au 19 mars 2016 sont une avancée importante longtemps attendue (http://www.egrn.fr/)

4La fabrication du consentement: de la propagande médiatique en démocratie – Noam Chomsky, Edward S. Herman – Agone 2008

5La page des « Lundis de gauche » sur le site du PCF
http://www.pcf.fr/lundisdegauche

6Une primaire pour construire un nouvel espace d’intervention populaire – A. Fleuret, M. Menal, H. Touzet
https://blogs.mediapart.fr/alexandrefleuret/blog/050216/une-primaire-pour-construire-un-nouvel-espace-dintervention-populaire

7Le Manifeste du Parti communiste – K. Marx et F. Engels
https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe18470000b.htm

3 réflexions sur “Les conditions d’un nouvel élan communiste ?

  1. Frank,
    Sur ton message à Francis Parny sur facebook je t’ai mis un commentaire. Je n’y reviens pas ici.
    Juste un élément sur le travail et le salariat, la propriété d’usage des entreprises. Il faut bien voir que les propositions de Stiegler sur le salaire de base sont en adéquation avec le rapport Theulin qui lient salaire de base, entrepreuriat et CPA. Voir ce qu’en dit Bernard Friot à l’Atelier : http://www.rencontres-atelier.fr/index.php/fr/l-atelier/34-rencontre-21012016 repris par Cerises de la semaine dernière :
    http://www.cerisesenligne.fr/file/archive/cerises-281.pdf
    Ce serait un évènement si le congrès du PCF reprenait les propositions de Réseau Salariat et de Bernard Friot.

  2. Franck après la lecture de tes propositions je retrouve de l’espoir dans mon Parti. Tu as complètement raison sur l’analyse de la situation. Notre parti doit faire du neuf sinon c’est la mort. J’espère que tu seras entendu, que nous serons entendus

  3. Bien évidemment ce message redonne de l’espoir. Il constitue, pour moi, plus qu’une contribution au congrès du PCF – mot utilisé d’ailleurs pour signifier que tout avis de militants viendra conforter, enrichir la ligne proposée sans même s’interroger sur le bien fondé de cette ligne. J’ai envie de réagir à plein de propositions faites par Franck. Elles ont l’avantage de rompre avec les « approches globales » souvent rebutante. Em même temps celles-ci sont nécessaires pour changer la vie. En tout cas dès maintenant je veux dire combien je partage l’entame de son propos : les enjeux qui sont à l’ordre du jour, planétaires et si proches de nous, font qu’il est impossible de « baisser la barre ». Les solutions ne sont pas dans un infléchissement politique mais dans l’insoumission sans doute à l’ordre établi et sa remise en cause sur d’autres critères de vie. Et je suis ravi de la formulation « cinq défis pour construire un monde en commun » C’est bien à cette échelle que les communistes s’honorent de poser les problèmes, membre de leur parti ou tout simplement communiste.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *