Engendrer une force nouvelle

L’intervention que j’ai prononcé aujourd’hui devant le conseil national du PCF.

L’effondrement électoral de la social-démocratie est le principal enseignement de cette séquence politique. Observable depuis plusieurs scrutins, il s’est trouvé confirmé dans l’épreuve reine qu’est la présidentielle, et dans la foulée aux législatives. Les principales forces qui ont structuré la gauche depuis des décennies sont balayées : PS, PCF et EELV additionnés représentent à peine plus de 15 % aux législatives ! Toutes forces confondues, et en y ajoutant la France insoumise, la gauche n’atteint pas 30 %. Avec plus ou moins 3 %, notre parti connaît une véritable déroute électorale que la qualité de nos candidat-es et l’engagement militant sans faille n’ont pu enrayer. Et pourtant nous avons aussi bénéficié, à son corps défendant, de la dynamique autour du vote Mélenchon, aussi bien dans les 7 circonscriptions où la France insoumise ne présentait pas de candidatures concurrentes face à nos candidats élus, que par de bons reports de voix au second tour dans le reste des circonscriptions où nos candidats sont tout de même parvenus à se qualifier. Au final, la bonne nouvelle du progrès en sièges et notre capacité à former un groupe communiste à l’assemblée nationale ne peuvent pas nous cacher l’ampleur de la catastrophe.

Elle était prévisible. Elle sanctionne d’abord nos propres erreurs :

  • le flou que nous avons entretenu dans notre stratégie de rassemblement de « la gauche » alors que les électeurs de gauche en colère s’apprêtaient à la punir durement ;
  • notre incapacité à être identifié comme porteur de quelque chose de neuf dans un paysage politique qui cherchait les moyens et les formes de sa recomposition.

Malgré ses incontestables limites (verticalité, logique plus inclusive qu’associative,…), c’est la France insoumise qui a su préempter ces deux marqueurs politiques qui ont été des mobiles décisifs dans la décision des électeurs.

Ce résultat n’est pas un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il témoigne de 30 années d’un déclin, seulement interrompu lorsque le parti a su, de manière spectaculaire, démontrer son utilité et donner les signes de sa capacité à se renouveler : les premières heures de la mutation dans les années 90, la campagne du referendum de 2005 et enfin la création du Front de gauche, un rassemblement anticapitaliste à vocation majoritaire alternatif à un Parti socialiste discrédité.

Depuis 2012, au mieux nous avons donné l’impression d’hésiter, de louvoyer en poursuivant officiellement la stratégie du Front de gauche. En réalité, et pour résoudre notre difficulté réelle à rendre ce rassemblement majoritaire, c’est bien un changement de stratégie que nous avons connu ces dernières années, avec la tentative d’un retour vers une union de la gauche familière. Nos atermoiements autour de la primaire de la belle alliance et le soutien à peine voilé à Arnaud Montebourg puis Benoit Hamon, soutien escompté jusqu’au dernier moment, en sont des illustrations qui ont fourni à Jean-Luc Mélenchon les prétextes qu’il attendait pour rester seul maître du jeu d’une recomposition en cours.

Cet affaiblissement électoral prend une dimension d’autant plus inquiétante qu’il se combine avec un affaissement idéologique, un appareil peinant à se renouveler et une force militante qui se réduit et se démobilise, en témoigne la participation toujours plus faible aux consultations des communistes.

Affaissement idéologique parce qu’en dépit de La France en commun, nous ne parvenons pas à être identifiés comme porteurs d’un projet de société aux yeux de nos concitoyens :

  • pour Macron, « faire réussir la France dans une mondialisation libérale inéluctable » ;
  • pour Mélenchon, « face au défi écologique et social menaçant le genre humain, unir le peuple pour affronter l’oligarchie ».
  • le PCF reste, lui, indéchiffrable dans cette économie de mots ce qui interdit toute appropriation populaire, tout récit politique partagé. Dès lors nous sommes voués à n’être associés qu’à ce qui nous identifie le plus clairement : le passé.

Affaissement organisationnel, enfin. Le PCF n’est pas en situation d’être, en l’état, ce que la situation exige : une force organisée massivement investie par les catégories populaires, les travailleurs, et les intellectuels.

Tous les questionnaires du monde, les toilettages de statuts et les débats des lundi de gauche n’y changeront rien. C’est un véritable aggiornamento de notre parti dont notre ambition révolutionnaire a besoin, pensé et propulsé bien au-delà de notre parti, et se donnant l’objectif d’engendrer une force nouvelle plutôt que de se perpétuer tel quel, ce qui pour l’essentiel constitue l’horizon des propositions portées à l’instant dans le rapport. La légitimité et la force d’un tel message et d’une telle dynamique doit incontestablement être recherchée dans un congrès du PCF, organisé dans des délais raisonnables : l’histoire ne nous attendra pas éternellement.

4 réflexions sur “Engendrer une force nouvelle

  1. Il faut absolument rassembler le parti avant tout . S’occuper de nous d’abord ! En ce sens un congrès peut paraître la solution , mais il faut mettre en débat les vrais questions . Refuser la discussion sur les points et les virgules ! L’ordre du jour doit porter sur la stratégie politique et électorale . Le mouvement social est l’épine dorsale de notre force ; incontestablement il n’est pas assez fort , il va d’échec en échec , le dernier en date la loi El Khomri . Il faut arrêter de croire que des rassemblements de toujours les mêmes militants sont de véritables actions. Pourquoi ? Il nous faut également tenir compte des réalités des autres organisation ( exemple la CFDT qui devient la 1ère orga dans le privé ). L »abstention et le gain de quelques députés ne doivent pas noyer le poisson non plus . Dernier avis , nombre d’interventions n’apportent rien au débat sinon de citer le nom de leur auteur , cela contribue à noyer le poisson ce qui explique sans doute qu’il y en a de moins en moins !

  2. Toujours la même chose pour F Mouly: c’est d’abord le parti et sa direction responsables. Les manœuvres de JLM ont commencé dès 2012 pour faire disparaître le PCF, et il a eu des appuis partout y compris chez nous! Il faut débattre dans la sérénité, pas dans les attaques personnelles + ou – directes ! D’abord l’unité dans nos rangs pour aller + loin !

  3. parlez nous des entreprises, de la lutte pour interdire les licenciements ; parlez-nous des nationalisations, d’une société de coopération qui bannit la concurrence ; ‘devenir des producteurs associés », comme conclut MARX dans le Manifeste; ce n’est quand même pas difficile de mettre ce concept en débat; à la place des cogitations sur les comportements électoraux ; le PCF doit redevenir le parti qui dénonce le capitalisme; Jean-Pierre Moreau vient de sortir un bouquin au contenu extraordinaire : « 500 bougies pour Utopia », il est visible sur Facebook ; l’utopie réalisable ; nationalisation de l’économie, usines et banques, gratuité progressive de tout, ce qui évite les vols, les jalousies, puisque tout est propriété de tout le monde ; ça c’est de la cogitation, alors les arguties électorales, les « rassemblons-nous », oui mais sur quoi, « prenez le pouvoir » disait l’acteur Mélenchon, c’est quoi le pouvoir, il est où : or la propriété c’est le pouvoir ! (dixit Auguste Blanqui). Sortons de la médiocrité intellectuelle, de l’indigence idéologique , retrouvons les fondamentaux, et tout deviendra plus clair.

  4. Entièrement d’accord avec ton analyse. Par contre je vois à la lecture de commentaires que pour certains camarades, le parti ne fait jamais d’erreurs c’est toujours de la faute des autres, alors il faudra qu’ils m’expliquent pourquoi de 21% nous sommes passés à tout juste 3%, cette dégringolade date des années 70 après le programme commun, notre soutien au PS lors des élections au second tour, les électeurs nous ont assimilé à eux et nous payons leurs erreurs et rappelons nous Mitterrand voulait laminer le PC et bien c’est fait. J’espère que lors du prochain congrès les choses seront claires et que nous ne commettrons pas les mêmes erreurs à savoir les accords électoraux, que les électeurs ne comprennent pas.

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