Fou qui songe à ses querelles, au cœur du commun combat

Aujourd’hui se tenait la première session du Conseil national du PCF élu au dernier congrès. A l’ordre du jour, la mise en œuvre de la « feuille de route » décidée au congrès, et l’élection du comité exécutif national du Parti communiste français.

C’était pour moi un moment étrange, puisque je siège à nouveau dans cette instance que j’avais quitté en 2013. Un peu d’émotion donc, car c’est un espace qu’aucun communiste ne prend à la légère.

Ci-après, les principaux éléments de ma libre intervention.


Nous sortons d’un congrès, et pourtant, nombre de communistes sont déboussolés. C’est une difficulté qui résulte d’une ambiguïté que nous n’avons pas levé.

Nous avons dit (Pierre Laurent notamment dans le débat sur la partie 2 du texte nous a exposé son analyse) que compte tenu de la gravité de la situation, et nous convenons tous que la situation est pour le moins préoccupante, le rassemblement du courant réformiste et du courant transformateur (je pense qu’on voulait dire par là « révolutionnaire ») était indispensable. Cela s’est fait dans l’histoire, et sans nécessairement diluer l’identité révolutionnaire parce qu’elle était claire et puissante.

Face à la droite et à la menace néo-fasciste, il faut effectivement construire une majorité de résistance et d’alternative, et le courant révolutionnaire ne suffira pas, c’est évident. Il faut donc chercher à rassembler largement, et sans sectarisme. C’est dans cet esprit qu’on a beaucoup entendu citer un célèbre vers d’Aragon à toutes les étapes de ce congrès : « Quand les blés sont sous la grêle/ Fou qui fait le délicat ».

Mais il faut se souvenir aussi des vers qui suivent : « Fou qui songe à ses querelles / Au cœur du commun combat ». Au fond, la question qui nous est posée, est bien de savoir avec qui avons nous un commun combat ? Et avec qui avons-nous une querelle ?

Avec le Parti Socialiste, s’agit-il d’une « querelle » qui nous tiendrait à l’écart du « commun combat » ? Ou s’agit-il de quelque chose de plus sérieux ? Tout démontre que le PCF et le PS – je parle là du PS en tant que tel – sont engagés dans des combats opposés. Quelle est l’essence de la politique soutenue très majoritairement par le PS, sinon l’ultra-libéralisme ? A-t-on entendu beaucoup de voix s’élever en son sein pour protester contre l’hallucinante proposition de Valls d’interdire les manifestations ? Ne voit-on pas que les circonscriptions que nous pourrions reconquérir nous ont été raflées par le PS, qui encore aujourd’hui se maintient au second tour dans la Sarthe contre nos candidats ? L’interminable attente d’un geste des frondeurs devra-t-elle se conclure par un soutien à l’un d’eux qui aura pourtant voté le Pacte budgétaire, le CICE et l’ANI, ou par le choix de notre disparition de l’élection présidentielle, sur laquelle nous ferions l’impasse, ou encore nous conduire pour exister un peu, mais à quel prix, à présenter un candidat communiste face à celui que nous avions choisit en 2012 ? Reconnaissons qu’il y a la matière à perplexité ? Pour les communistes et à fortiori notre peuple.

Rassembler les courants réformistes et révolutionnaire, d’autres l’ont fait en Europe. Pierre Laurent l’a rappelé au congrès : « Die Linke, Syriza, Podemos sont traversés de courant divers qui cherchent dans le même sens, nous devons faire de même ». Mais il faut alors relever que ces rassemblements se sont aussi constitués dans l’affrontement, y compris électoral, avec la ligne politique portée par les sociaux-libéraux du SPD, du PASOK et du PSOE aussi ordo-libérale que celle menée par le PS en France. Si beaucoup de communistes ont appelé à une rupture nette avec le PS, ce n’est pas par sectarisme, c’est bien parce que les forces réellement réformistes à gauche sont ailleurs aujourd’hui. A commencer par celles que nous avions rassemblées dans le Front de gauche. C’est avec elles que nous avons une querelle à laquelle il va bien falloir trouver une issue pour mener « le commun combat ». Cette aspiration « de gauche » existe surtout en dehors des forces constituées, inorganisée, désemparée, éloignée des urnes. Il faut lui fournir un espoir, une perspective et un cadre : voilà le bon sens et le bon commun combat. Le congrès a finalement pris une décision importante, celle de réactiver la tenue d’Assemblées citoyennes dans tout le pays. Ce doit être une priorité de notre feuille de route. C’est là que se trouve, au-delà de nos rangs, les principales forces pour s’opposer et proposer avec nous.

Deux remarques pour finir.

Nous avons appelé à nous engager sans tarder dans la bataille des législatives. Très bien, mais comment ? Sur la base de quel programme ? Seuls ou dans un large rassemblement ? Le calendrier qui nous est proposé conduit nécessairement à déconnecter présidentielle/législative. Cela ne correspond pas au réel, ne subvertit en rien le présidentialisme et nous fait perdre un temps précieux pour être à l’initiative sur le terrain, expliquer et débattre, confronter notre projet à la réalité, mettre en mouvement des millions de personnes que le pouvoir comme les médias ont voué au désenchantement de l’abstention ou à la haine avec le FN.

Deuxièmement, la composition du Comité exécutif national est pour moi une autre source de perplexité. Comment allons-nous conduire efficacement la politique du Parti communiste sans que la diversité de ce que les communistes ont exprimé dans les débats du congrès soient partie prenante de sa mise en œuvre pratique ?

2 réflexions sur “Fou qui songe à ses querelles, au cœur du commun combat

  1. Je pense que tes interrogations sont très mportantes et que le congrès a plus montré les divergences… que répondre à toutes les questions communistes.. je suis attristé des textes et déclarations de Dartignolles… qui continue non seulement de souligner les différences entre les alliés objectifs , mais surtout qui ne tient pas compte comme Pierre Laurent des divergences apparus surtout sur l’idée de préserver le FDG. .. cette obstination à ne voit qu’un côté de la médaille.. était et reste suicidaire.. rien sur ces milliers de militants pour les convaincre de continuer avec les communistes. . Je te remercie pour ta patience… je n’en ai plus.. je reste étonné de ces blocs de glaces qui ne savent que réciter un texte sans jamais vouloir écouter. . Il procède comme Hollande … il ne peuvent admettre qu’entre le bleu et le rouge… il peut y avoir une autre partagé. .. devons nous commettre l’erreur de comportement de JL Melenchon… même si sur le fond je suis d’accord et que j’ai critiqué la forme.. seulement notre secrétaire général et le porte parole attitré restent campé sur l’affront .. sans penser au Front… alors on rajoute un socle et une votation… votation des communistes… non une votation populaire.. citoyenne.. sur qu’elle base.. projet contre projet.. mais socle commun.. de gré ou de force.. quand on sait que l’Humain d’abord pouvait être juste amendé et réactualisé. . Quand à la trinité. . Bataille de coqs… pas des idées. . N’ayant pas ta patience Frank je confirme que comme communiste je ferais la campagne de JL Mélenchon.. et c’est mon dernier mot.. a bientôt camarades..

  2. Le Front de Gauche restera un outil politique de rassemblement utile au débat que seul le PCF ne peut pas tenir.
    Nos positions et nos « certitudes politiques » ont creusées le fossé avec beaucoup de camarades, l’écoute n’étant pas là, beaucoup sont parti voir ailleurs.
    Le travail notamment des collectifs n’a pas été reconnu, le respect et la prise en compte du travail de nombreux militants acquis à la cause communiste mais non membres du PCF.
    Aujourd’hui parce qu’ils en ont assez des discours de circonstances électorales et d’avoir été ignorés, voir méprisés par certains responsables du PCF.
    Cela ne peux plus durer, nous devons par un travail, certes difficile, entreprendre actions par actions un travail sincère et sans complaisance de reconquête politique par des actions de terrain.
    Les communistes ont besoin du Front de Gauche et le peuple de gauche a besoin d’unité politique, d’élus qui portent les messages de tous ceux qui en n’ont marrent et qui payent les erreurs des « grands de ce monde pourri ».
    Je ne ferai pas la campagne pour François, Jean Luc , Pierre ou les autres, je fais campagne tous les jours pour le respect de mes idées et de ma conscience….de classe !
    Pour les législatives oui il est urgent de présenter une candidate ou candidat qui porte sincèrement nos valeurs, notre projet pour une VI éme république et sortir des politiques pourris.
    Rentrons rapidement dans le débat avec la population, dans l’action et pour gagner !

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