Front de gauche / France Insoumise : se relier plutôt que se rallier

Mon intervention au Conseil national du 4 novembre 2016

Nous devons respecter les communistes en nous efforçant à la clarté, afin qu’ils décident en pleine connaissance de cause. La prise de position de notre secrétaire national en faveur d’une candidature Mélenchon, même si la presse l’a probablement présenté de manière simpliste, participe de cette clarification et je l’en remercie. Or le projet de résolution témoigne insuffisamment de cette nécessaire clarté. Je veux dire d’ailleurs que l’unité des communistes n’a pas besoin de formules ambigües pour se trouver conforter. Au contraire.

Je voudrais au préalable préciser que le constat sur la gravité de la situation est partagé par tous dans cette assemblée. Personne n’imagine que le scénario catastrophe d’un retour d’une droite encore plus libérale et plus autoritaire que le PS serait sans conséquence, pour notre pays, l’immense majorité de la population, à commencer par les familles modestes. Sans parler des libertés. Nous regardons tous cette situation comme très inquiétante. Mais personne ici prétend savoir comment à coup sûr l’éviter. D’ailleurs, même les camarades qui défendent une candidature communiste, ne prétendent pas qu’elle permettrait d’éviter cette éventualité, car on voit mal comment nous pourrions en 6 mois faire mieux que Duclos en 1969 et en finir avec la malédiction de la Ve République.

Admettons ensuite que ce que nous avons tenté depuis un an n’a pas permis d’atteindre les résultats escomptés :

  • Il y aura une candidature sociale libérale malgré l’effondrement de Hollande ;
  • Les frondeurs restent dans la primaire socialiste dont pourtant les communistes ne veulent pas ;
  • EELV est profondément marginalisée et ses dirigeants qui ont participé à la majorité gouvernementale sont disqualifiés ;
  • L’extrême gauche s’apprête à jouer en solo, si elle obtient ses signatures ;
  • Mélenchon a préempté, avec la France Insoumise, la construction citoyenne qu’aurait pu être pleinement celle du Front de gauche. Il occupe un espace central dans l’opinion, produit et diffuse des idées, s’adresse à nos électeurs et à nos militants que nous y consentions ou pas.

Convenons enfin qu’à gauche, nombreux sont ceux qui regardent d’ores et déjà au-delà de la probable catastrophe électorale. C’est vrai pour le PS, Mélenchon et pour d’autres. Veillons dans la période à ce que les communistes ne soient instrumentalisés par aucun projet de recomposition de la gauche dont ils ne maîtriseraient pas les fins.

Quel est l’état d’esprit des communistes, celui qui nous remonte des AG ? Très majoritairement, ils veulent passer à l’action. Or que nous propose le projet de résolution ? De poursuivre dans la voie consistant au fond à attendre que quelque chose se passe dans la primaire du PS.

Certes, la résolution proposée pose deux options : celle de la candidature de Mélenchon et celle d’une candidature communiste à la présidentielle. Mais elle soumet ces deux choix à un troisième, intangible, qui les surplombe. Celui de poursuivre nos « efforts » pour une candidature commune à gauche, jusqu’au dépôt des candidatures, mi-mars 2017… Pire, la résolution n’entend pas consulter les communistes sur cette orientation d’une importance pourtant considérable. Car sans le dire, ce sont des candidatures bien identifiables qui sont dissimulées derrière cette attente : Taubira ou plus vraisemblablement celle de Montebourg. Un tel choix implicite poserait, pour le moins, de sérieuses questions sur les contenus dont nous prétendons qu’ils précèdent nos choix stratégiques : sommes-nous bien certains de vouloir réconcilier une « France sociale » avec celle des entrepreneurs comme le propose Montebourg1, le fossoyeur d’Alsthom et chantre du CICE ? De la CGT au Medef, est-ce là notre projet ?

Il faut choisir : soit il s’agit d’une troisième option politique, et dès lors elle doit être posée comme telle, et défendue au grand jour par ceux qui la préconisent, soit elle doit disparaître comme préalable dans cette résolution, pour ne laisser que les deux seuls autres choix. En outre, qu’il s’agisse d’un candidat communiste ou de Mélenchon, comment pourrait-il se satisfaire d’un soutien conditionnel, suspendu à on ne sait quelle événement miraculeux ?

Pour ce qui m’est donné d’en connaître, un grand nombre de communistes témoignent dans les AG, et par tous les moyens à leur disposition, de leur souhait d’écrire une nouvelle page de notre stratégie de fronts, celle d’un rassemblement anti-capitaliste à vocation majoritaire, associant librement et de manière inventive, les forces politiques et citoyennes. C’est d’ailleurs de cette manière que nous pourrons comme Pierre nous y invite réconcilier les électeurs de gauche avec la politique dont ils sont déçus. Mais il faut aller plus loin. C’est à la condition de trouver les formes qui permettront à des millions d’abstentionnistes de voter que nous pourrons l’emporter, et à cette seule condition. Il faut donc que notre Parti soit source de proposition dans ce domaine pour un cadre de campagne collectif innovant et faisant toute sa place aux citoyens. Car si les communistes veulent majoritairement une campagne commune avec la France Insoumise, ils ne veulent pas se rallier, ils veulent se relier, et faire front commun. Bien sûr, ils ont de réelles interrogations, sur le contenu et la campagne. Mais ils pensent que c’est en s’engageant sincèrement avec la France Insoumise, avec Jean Luc Mélenchon que nous pourrons débattre et négocier sincèrement des contenus, du cadre et des législatives,… Ne pas le faire serait contreproductif, et ce serait prendre un risque considérable sur l’élection du plus grand nombre de députés communistes.

1 Source : Interview d’Arnaud Montebourg dans le JDD du 30 octobre 2016 (http://www.lejdd.fr/Politique/Montebourg-a-Valls-Quitte-le-gouvernement-et-sois-candidat-a-la-primaire-820429)

3 réflexions sur “Front de gauche / France Insoumise : se relier plutôt que se rallier

  1. Je partage complètement le contenu de ton intervention et suis déçue de la décision prise à l’issue de la conférence du 5 nov., je pense qu’une candidature communiste n’arrangera rien, bien au contraire.

  2. Bonjour Frank
    Je partage ton analyse. Même si je ne suis qu’un sympathisant et non un encarté, je regrette profondément la voie préconisée par une majorité des membres du CN qui, selon moi, obère les chances déjà maigres qu’un candidat représentant la gauche du peuple autant que la cause du peuple figure au second tour de la Présidentielle. Car ce que je constate de la candidature Mélenchon, c’est qu’elle s’appuie précisément sur la volonté citoyenne à travers le travail considérable réalisée par la France insoumise depuis des mois, et même des années, pour mettre sur pied un programme qui représente un espoir pour le peuple et notre société.
    Ne pas se relier à ce travail et à cette cause, et présenter un candidat PC à la Présidentielle aboutirait en effet, selon moi, à une marginalisation sans doute définitive du Parti de la classe ouvrière et à l’échec, une fois de plus, de la « gauche de la gauche ».
    Amicalement,
    Mano

  3. Bonjour,
    Comment en vouloir à Méluche d’être « parti seul » alors que depuis 2012 le PC n’a cessé de jouer la lutte des places en collaborant avec le PS? À chaque élection ils se sont balliés au PS, démolissant tout espoir de gauche……
    Là ils vont continuer , en se réservant leurs qqes petites places au chaud come députés après des Présidentielles de m…de!
    Ils se satisfont tout à fait de ce système , un peu comme la CGT fait de temps en temps mumuse avec le Patronat mais retourne à la niche juste avant de casser le système!

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