La dernière chance

E. Macron a donc dangereusement les mains libres. Malgré le score porteur d’espoir de JL Mélenchon à la présidentielle et l’excellente nouvelle de l’élection d’une trentaine de député-e-s insoumis et communistes, jamais la gauche n’a été aussi faible, et jamais le Parti communiste n’est tombé si bas : 2,7% aux législatives. C’est un véritable désastre que les plus démunis et les plus précaires vont payer au prix fort. Nous qui avons prétendu ces derniers mois « tenir la gauche debout », nous ne pouvons pas échapper au constat de notre échec. En tirer toutes les conséquences est la condition pour aider notre peuple à résister immédiatement, et entamer un redressement sans lequel nous allons cette fois-ci disparaître complètement de la vie politique.

Il y a presque dix ans déjà, les communistes avaient tiré des deux catastrophes électorales de 2002 et 2007 la conclusion qu’il nous fallait profondément nous transformer : conceptions, projet, organisation. Certes, nous avons élu des « commissions du projet » ou organisé des conférences nationales. Nous avons toiletté nos statuts. Mais reconnaissons-le, nous n’avons rien fait qui puisse faire dire : oui, ces dernières années, les communistes ont vraiment beaucoup changé. La seule innovation qui viendra sans doute à l’esprit des plus attentifs, parce qu’elle a réellement suscité de l’espoir, est la création du Front de gauche, mais pour constater aussitôt que nous n’avons pas su ou pu empêcher sa paralysie et son délitement. Nos décisions n’ont donc pas été mises en œuvre, et nous avons recommencé à prendre du « retard », cette fois-ci avec des conséquences dramatiques. Nous sommes toujours vus comme un parti de militant-e-s courageux et combattifs mais, notre score le dit de façon implacable, comme un parti du passé.

Notre stratégie de rassemblement face aux libéraux de droite et de gauche semblait au moins un acquis : même cela fut sérieusement remis en cause dès les municipales de 2014, puis aux régionales avec des listes à géométrie variable. Et pour l’élection présidentielle, la direction de notre parti a semé la plus grande confusion, au motif de « rassembler la gauche », en envisageant de participer à une primaire avec le PS, puis quand le vote des communistes l’eut définitivement exclu, pour tenter d’obtenir de JL Mélenchon qu’il cédât sa place à B. Hamon. Comme si c’était possible alors que celui-ci demeurait le candidat d’un PS complètement discrédité, et que la question décisive était : comment rompre enfin avec les politique libérales que la droite et le PS ont menées alternativement depuis des décennies ? Jean-Luc Mélenchon en a fait un des principaux axes de sa campagne, et il a remporté un grand succès. Nous avons à l’inverse tergiversé et cherché jusqu’au bout à louvoyer entre le rejet du PS (y compris par de très nombreux communistes) et un souhait incompréhensible de préserver on ne sait quoi de la vieille union de la gauche. Et finalement, nous avons complètement échoué.

Pour reconquérir les classes populaires, il faut aujourd’hui avoir l’audace d’innover. Il y a eu le 23 avril presque autant de suffrages pour une alternative antilibérale que pour E. Macron. C’est un point d’appui considérable si nous savons rendre durable cet immense rassemblement d’exigences et d’attentes. Cela implique d’inventer les formes pluralistes et démocratiques qui permettront à toutes les forces de transformation sociale de travailler ensemble, dans le respect de leurs diversités, nécessité que la France insoumise doit prendre en compte. Dans cet objectif, il faut avoir l’ambition de faire vivre un projet communiste d’émancipation humaine plus que jamais indispensable. Et il faut pour cela que notre Parti se transforme radicalement, se dépasse pour entrer, enfin, dans le 21ème siècle.

Nous devons travailler à un projet révolutionnaire nouveau qui prenne à bras le corps dans tous les domaines les considérables mutations de notre époque, qui invente avec d’autres une stratégie européenne et mondiale de lutte contre le capitalisme mondialisé, qui relève le défi écologique. Nous devons travailler à un parti aux pratiques et au fonctionnement nouveaux pour faire vivre non seulement la souveraineté réelle des adhérent-e-s, mais aussi une démocratie d’intervention permanente et innovante qui donne toute sa place à la créativité et aux capacités d’initiatives de chacun-e-s. Nous devons travailler à nous saisir de toutes les idées neuves qui émergent du mouvement social, et imaginer comment nous ouvrir à tous les courants et toutes les cultures d’émancipation humaine qui devront impérativement coopérer et se rassembler dans une force politique nouvelle pour être capable de lutter efficacement, résister et l’emporter.

Tout cela suppose évidemment un très grand débat, et que les directions du Parti remettent leurs mandats à la disposition des communistes pour une évaluation sans tabou des actions passées et le renouvellement nécessaire de celles et ceux chargées de mettre en œuvre leurs décisions. Un congrès doit être convoqué rapidement. C’est notre dernière chance.

Alain Bascoulergue, Yannick Bedin, Gérard Billon, Nicole Borvo Cohen-Séat, Marie-Pierre Boursier, Patrice Cohen-Séat, Michel Duffour, Jean-Paul Duparc, Grégory Géminel, Frédérick Génévée, Fabienne Haloui, Robert Ingey, Roland Leroy, Sonia Masson, Claude Mazauric, Anna Meyroune, Frank Mouly, André Perez, Nora Saint-Gal, Vivian Point

Tribune publiée dans l’Humanité du 21 juin 2017

11 réflexions sur “La dernière chance

  1. Réflexions très justes de Franck. Il ne faut pas que le PC (sous une autre appellation ou forme, peu importe) laisse tomber, c’est tout un pan de la société qui s’effondrerait, et qui serait démuni face à une droite qui ne dit pas son nom. Mais je ne crois pas à un JL Mélenchon , peut-être à tort.

  2. Votre texte ne manque ni de lucidité ni de volonté de dépassement des échecs et de la forme partidaire toujours en vigueur.Mais ce n’est pas relativiser son importance dans le débat politique public , que de remarquer qu’il renvoie à des écrits de même tonalité publiés dans le passé après d’autres échecs retentissants du PCF. Sans qu’ils aient été suivis d’infléchissements ou de transformations notables…Les cycles des échecs-aux allures d’agonie-feraient-ils corps avec des cycles de contestations eux-mêmes voués à l’impasse,malgré la bonne foi de leurs auteurs.Un congrès,une conférence nationale, toujours et encore peuplés d’affrontements stériles ? La question qui gagne en pertinence ,pour l’inscription d’un mouvement communiste dans l’avenir,semble devoir être aujourd’hui clairement posée : est-il possible d’envisager encore cette ambition dans les carcans d’un appareil dangereusement désuet ? Les chemins ouverts de l’extériorité ne sont-ils pas devenus les plus pertinents? Créons ensemble un nouvel espace de libre réflexion pour construire enfin autre chose!

  3. Et allons-y gaiement! Mea culpa, mea culpa,,mea maxima culpa. Comme toujours c’est aux communistes de se faire hara kiri. Quoi qu’ils aient vécu sur place. Dimanche le fasciste Hervé de Lépineau a failli conserver le siège de Maréchal Le Pen, il s’en est fallu de 400 petites voix. Les « Insoumis » avaient fait savoir dès le premier tour qu’il n’était pas question de Front républicain, que ça ne fonctionnait pas, etc. Qu’ils seraient là pour combattre. Le même discours que le PS et le PG vauclusiens en 2012 lorsque la socialiste parachutée Arkilovitch s’était maintenue contre l’avis du PS national. Mais, c’est pas grave, c’est sans doute la faute au PC! Avant de signer un X ème appel entre gens qui pensent, prenez le temps, camarades, d’aller aussi écouter ce que la base (oui, ça existe encore ) pense et demandez-vous pourquoi et comment, en Seine Maritime, les communistes ont réussi le tour de force d’obtenir 3 députés!
    Roger Martin

  4. Excellente initiative. En effet après le magistral échec aux législatives ayant pour véritables causes l’handicap de nos forces de gauche à se rassembler dans des moments cruciaux et à faire front commun, l’heure est bel et bien au bilan, à l’analyse objective et subjective, mais de façon constructive, c’est à dire sans invectives et en toute honnêteté des raisons de cet échec commun aux élections législatives. Avec 64% d’abstention au premier tour des législatives, dans les rangs de ceux qui ont voté pour le programme l’Avenir en commun porté par la candidature de J. L. Mélenchon aux présidentielles, on ne peut que s’attrister, …. L’heure est aussi à la réflexion pour construire, re construire un mouvement qui rassemble les réelles forces transformation sociale tant espérées par les plus démunis en France.

  5. Voilà encore le vieux réflexe mortifère : »reconstruire un mouvement qui rassemble les réelles forces de transformation sociale tant espérée par les plus démunis en France « ou « une force politique nouvelle capable de lutter, résister, l’emporter  » ou « un nouvel espace de réflexion » pour construire autre chose !
    Bon, ce qui marche du tonnerre dans la FI ce sont les groupes de suivi équivlents à ce que pouvaient être les cellules avec plus de liberté, puisque chaque groupe est autonome, mais enfin, ce que les gens veulent , c’est faire de la politique en bas, de contrôler les choses … souvenez vous camarades,il y avait des cellules ou les meilleurs cadres du parti s’exerçaient ….. avec les gens en bas….. Vous êtes redevenus ce qu’était la SFIO avant le congrès de Tours ! Au lieu de chercher des poux dans la tête des autres , si vous vous rebranchiez , en bas avec le mouvement de la société ?

  6. Sans analyse très détaillée et donc longue un congrès ne sera qu’un lieu de règlement de compte. Km Mélanchon a été bien meilleur stratège que nous. Il a notamment repris notre programme et celui des verts en jouant la carte insoumis hors parti. Nous sommes les rois de la nostalgie révolutionnaire et de l’incantation. L’union n’est possible que si nous avons des choses à proposer au delà de notre bonne volonté.

  7. À la Conférence Fédéral, j’étais de ceux qui n’avaient pas voté le projet d’orientation du Congrès amendé (nous étions moins que les doigts d’une main). Pour les élections 2017, j’ai voté l’option 2 (comme la Conférence Nationale majoritairement) pour des raisons politiques concernant à la fois la personne de Mélenchon et son programme en rien commun avec le nôtre sur le fond.
    Je considérais, qu’il était ingérable de soutenir de façon autonome (sic) Mélenchon aux Présidentielles et de demander de voter aux législatives P.C.F., l’unité ayant échoué comme prévu dès la Fête de l’Huma.
    Une fois de plus les stratégies de rassemblement par en haut ont échoué comme avec le « Programme Commun », « Bouge l’Europe », les « Collectifs Antilibéraux », le « Front de Gauche », les uns et les autres ayant buté, premièrement :
    • Sur des questions de classes que portaient seuls par les militants PCF investis dans ces stratégies politiques. Questions rédhibitoires pour les socialistes de 1981, les « personnalités » de « Bouge l’Europe » (où sont-elles aujourd’hui ?), 2012 pour Mélenchon et F.I, PG, Ensemble.
    • Deuxièmement : ne pas avoir réussi à faire intervenir le mouvement populaire pour construire le rassemblement pour les élections 2017, montre que ce type d’unité (artificielle) avec des partis (certains n’en voulant pas, microscopiques autour d’un chef) est voué à l’échec et participe au recul du P.C.F. avec la même logique passée : pourquoi voté P.C.F, héritier aux yeux des électeurs de Gauche du « stalinisme », du « Goulag » et de « l’échec » du « socialisme réel » porté sans état d’âme, ni analyse dialectique, par des directions du P.C.F., alors qu’en 2017, l’on peut avoir le même programme avec F.I (presque le même titre !). D’autant que nous n’avons pas mené contre Mélenchon la bataille du programme (impossible avec l’équation : voter Mélenchon aux Présidentielles, mais PCF aux Législatives) , bien différent du nôtre sur le fond. Mélenchon a très bien appréhendé (pour une façon durable) que cet espace lui est favorable et nous aurons un bis repetita aux Municipales, pour nous piquer nos mairies et nos élus (signatures aux Présidentielles).
    Au-delà, face à un capitalisme mondialisé depuis plusieurs siècles, mais aujourd’hui à un stade de concentration du capital jamais atteint dans l’histoire de l’Humanité, inhérent (comme ses crises systémiques) à son système mû, même accéléré et propulsé par les nouvelles technologies, on ne peut pas s’empêcher d’analyser que la situation française et du P.C.F. ne sont pas des spécificités locales dans le village Monde : Podemos, Syriza, Sanders, Corbyn, montée des barbarismes, des guerres, des extrêmes droites et des fanatismes, affaiblissement, voire disparition (Italie) des PC, montée du chômage, de la précarité, des baisses du pouvoir d’achat, du recul des libertés, des droits sociaux, (en un mot montée considérable du prolétariat qui ne vit que de sa force de travail) concentration des médias dans les mains du capital, reculs du droit des femmes, dégradations écologiques, privatisations accélérées de services publics, etc… Dans le même mouvement, le miroir social nous renvoie une image inversée des capitalistes de plus en plus riches, trainant dans leurs sillages quelques valets grassement payés. Nous ne pouvons pas faire l’économie d’un mouvement Communiste Internationale et Européen !
    Faut-il rappeler ici, que ces richesses considérables (même les profits financiers) sont issues du travail, que les souffrances humaines (paradoxe avec un chômage élevé, il n’y a jamais eu autant de salarié(es) – contrats atypiques, petits boulots, emplois multiples, disparition des paysans, des petits commerces, femmes au travail… -) sont avant tout celles vécues au travail 7 heures légales par jour environ (pire encore pour les précaires et les heures supplémentaires) pour la France et sans limites en bien d’autres pays, que la bataille idéologique ne se résume pas au journal de 20H, mais est considérable dans les entreprises pour une société sans lutte de classes dans une harmonie capital/travail, MEDEF/CFDT…, l’entreprise étant la nôtre pour la productivité et la concurrence, mais la leur pour les profits. Le militantisme vers l’entreprise est une priorité, des cadres du P.C.F syndicalistes et ouvriers une nécessité. La descente dans la rue ne peut pas se substituer au blocage des outils de production pour une issue positive à nos combats.
    Si l’on accepte cet aiguisement de la lutte de classes, induit par la concentration du capital et sa crise de profitabilité, qui bénéficie en ces temps au capitalisme, nous devons affirmer que la seule réponse souhaitable ne peut pas être un renforcement de ce système (droite et/ou extrême droite, si cela lui est nécessaire) ou une adaptation (social-démocrate ou social-libéral). L’expérience historique nous apprend que l’adaptation, sans rapports de forces populaires, profite toujours au final au capital. La seule réponse ne peut être que celle du Communisme, sans le qualifier de moderne, du XXIe siècle, ou autres… assumons notre idéal qui n’est pas né au 19e siècle et mort au 20e, car, il est par nature un mouvement, entre autres, de mise en Commun, d’abolition de l’État, de l’argent et du salariat pour une émancipation humaine qui remonte d’avant le Communisme théorisé, entre autres, par Marx et mis en perspective pas d’autres, dont le P.C.F doit être l’un des vecteurs, en 2017.
    À la lecture de cette réflexion courte et simplifiée, qui a donc des défauts, vous comprenez que je suis favorable à un Congrès extraordinaire. Il va de soi que j’écarte toutes les responsabilités à titre personnel de quelque Camarade que se soit du P.C.F pour l’échec des élections ( en voix et participation, bien sûr) et que je ne veux pas non plus d’un Congrès qui serait phagocyté par le changement de nom du Parti.

  8. Communiste insoumis, mais plus adhérent au PCF, je souscris totalement au texte de F Moulis et de ses camarades dont l’ancien dirigeant historique Roland Leroy. Néanmoins, comme le dit un camarade, des textes de ce genre ont déja été publiés et n’ont débouchés sur rien. Il faut que toutes les directions de la base au sommet remettent leur démission et que les adhérents, ex-adhérents refondent le parti. Il ne faut plus que les directions se reproduisent de congrès en congrès où les petits copains bien fidèles remplacent les partants.

  9. Réfléchissons, discutons, débattons, mais ne nous flagellons pas… Tout n’est pas à jeter au Parti Communiste, et notamment son nom, son identité. Les gens savent qui sont les communistes, connaissent les communistes, les reconnaissent pour leurs combats à leurs côtés contre le capitalisme et contre l’extrême-droite.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *