Pourquoi je soutiens « L’ambition communiste… »

J’ai signé et soutien un texte de base commune alternative pour le 37e congrès du PCF. Ci-dessous, un texte qui résume bien les raisons de ce soutien.

Ce texte, « L’ambition communiste pour un Front de gauche populaire et citoyen », est le fruit d’un travail véritablement collectif. Il est aujourd’hui soutenu par près de 700 communistes issus de 75 fédérations, soit bien au-delà des 300 (de 25 fédérations) que requièrent nos statuts. Il existe une grande diversité de point de vue et d’opinions parmi ces signataires : c’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il nous semble mieux qualifié pour devenir la base commune de discussion de toutes et tous les communistes.

C’est donc un texte événement dans ce congrès. D’abord parce qu’il rencontre nombre de préoccupations de communistes : comment faire progresser l’influence communiste et faire vivre un projet communiste du XXIe siècle, poursuivre et amplifier le Front de gauche plutôt que de l’abandonner, déjouer le piège de 2017, démocratiser et rendre notre parti plus efficace.

Il a été conçu comme une base commune à discuter, à amender. D’ailleurs, cela a déjà commencé puisqu’il est possible de le faire sur le site ambition-communiste.fr. Ce texte a ainsi contribué à libérer la parole de communistes dont vous pouvez consulter les propos sur le site.

Rédigé en quelques jours après que le Conseil national a adopté son projet (avec seulement 80 votant sur 160 membres), il a été conçu aussi pour être court et faciliter résolument sa lecture. Nous n’avons pas voulu faire un texte fleuve : il est deux fois plus court que le texte adopté par le Conseil national tout en respectant l’ordre du jour. Il exprime surtout une cohérence différente.

Le projet

Sur la partie projet, comme nous l’écrivons, nous n’exprimons pas de désaccords majeur sur tel ou tel point. Notre différend porte sur le sens du mot projet. Le texte du Conseil national semble hésiter entre projet (c’est à dire visée) et programme. Programme a minima d’ailleurs, ce qui serait cohérent si l’objectif était de produire un texte de compromis, servant opportunément de base pour négocier avec des partenaires dans le cadre d’une primaire de toute la gauche.

Au contraire, notre approche du projet cherche à exprimer simplement et sur une dizaine de questions essentielles, ce que pourrait être une visée communiste de notre temps. Nombre de communistes, nous ont déjà fait part de leur satisfaction face à l’effort réalisé vers cet objectif. Au fond, ce texte tente de construire un nouveau récit, un imaginaire communiste du XXIe siècle.

Prenons deux exemples de perspectives de luttes et de construction avancées par le texte comme :

Le texte se propose de faire de la libération du travail contraint et de l’abolition du salariat capitaliste, des perspectives concrètes de notre temps. Il se propose également de faire de la maîtrise citoyenne des technologies qui se répandent dans notre quotidien (Internet, OGM, nano-technologies,…) un chantier démocratique de ce siècle.

Plutôt qu’un catalogue, l’ensemble de la partie projet tente donc de poser quelques perspectives communistes essentielles de notre temps, comme autant d’invitations, d’ambitions communistes et donc de chantiers à ouvrir.

La stratégie

Le coeur de notre désaccord avec le texte de base commune du Conseil national porte sur la stratégie. Ce dernier tournant le dos à la stratégie de Front de gauche, a été rédigé avec l’objectif de rendre possible l’inscription de notre parti dans des primaires de toutes la gauche, autour d’un socle de contenu minimal.

Le texte de la direction propose, un virage stratégique mortifère

La direction prend argument de la « gravité » de la situation, avec la montée du Front national et le risque de disparition de la gauche. Mais elle néglige trois éléments essentiels.

D’abord l’exceptionnelle gravité de la situation actuelle relève avant tout de la crise systémique qui s’exprime violemment dans maints domaines : économique, écologique, anthropologique. Face à cette situation, il y a besoin de mettre en débat des solutions de haute portée, des ruptures radicales et non un programme minimum. Dans un contexte de mondialisation et de financiarisation de l’économie, les réponses sociales-démocrates traditionnelles sont inopérantes : c’est pourquoi d’ailleurs, il est si nécessaire de porter une nouvelle ambition communiste, ce que s’efforce de faire la première partie du texte.

Ensuite, il faut l’impasse sur l’analyse de l’état de la sociale démocratie et la profondeur de son discrédit dans le peuple français. D’ailleurs, le texte de la direction pointe systématiquement du doigt le couple Valls/Hollande, passant sous silence le soutien systématique de l’immense majorité des parlementaires socialistes et de l’appareil. La colère sociale monte, et la construction artificielle d’un rassemblement de la gauche, ou avec une poignée de frondeurs, ne constituerait nullement une digue solide contre l’extrême droite et les dérives néo-conservatrices, mais placerait le Front national en situation de capitaliser un peu plus sur l’exaspération populaire. L’enjeu de 2017, ce n’est pas la « disparition de la gauche » mais l’existence d’une force rassemblée de rupture avec le capitalisme productiviste.

Au fond, la stratégie proposée par le texte de la direction nationale, nous inscrit dans une démarche électoraliste, une logique de l’union du siècle dernier et qui nous ramènerait à la vieille gauche plurielle. Même habillée avec un processus de « primaires », nous considérons que cette stratégie ne permettrait pas la mobilisation de celles et ceux qui ont déserté les bureaux de vote et tout particulièrement les classes populaires. La clé d’un renouveau de la vie politique, et d’un rassemblement majoritaire autour d’un projet de transformation sociale, c’est bien pour nous la mobilisation des classes populaires. C’est aussi la prise en compte de ce qui émerge dans la société, la mobilisation massive contre la Loi El Khomri, porteuse d’espoir, mais aussi les formes nouvelles de contestation et de construction politiques, comme #NuitDebout. Ainsi, notre Parti ne devrait pas se situer en extériorité de ses mouvements, mais au contraire, se mettre à leur service.

Nous proposons une issue concrète et ambitieuse

Notre texte propose une feuille de route claire, qui permet d’envisager les échéances de 2017 avec ambition, et qui nous projette au-delà.

D’abord, nous proposons de ne pas jeter par dessus bord « L’humain d’abord », notre programme, bien commun du Front de gauche et objet populaire puisqu’il s’est vendu à 500.000 exemplaires et a rassemblé 4 millions de voix. C’est un repère qui a mystérieusement disparu des discours de la direction nationale. L’ambition communiste suppose donc de repartir du programme L’Humain d’abord et non d’un « socle minimal » auquel nous conduiraient inéluctablement les négociations de sommet ou le questionnaire de la campagne « Que demande le peuple » qui risque d’exprimer par définition des attentes contradictoires des gens que nous allons interroger.

Nous proposons donc un processus citoyen de réactualisation de l’Humain d’abord. Comme nous proposons, pour le dépasser, de partir de l’acquis du Front de gauche dans ses objectifs : offrir une alternative de ruptures et dans le processus de recomposition de la gauche, en finir avec l’hégémonie du PS et déplacer le centre de gravité de la gauche vers des solutions de plus hautes portées.

Sans attendre, notre parti devrait prendre l’initiative de proposer aux forces du Front de gauche de lancer (ou relancer) des assemblées citoyennes dans tout le pays, au plus près des classes populaires : des assises locales ouvertes à tous, y compris mes adhérents où sympathisants du PS et d’EELV qui souhaiteraient s’impliquer dans un processus visant à partir de l’Humain d’abord, à travailler à une rupture claire avec les politiques libérales.

Ce processus se conclurait à l’automne par assises nationales composées de délégués locaux, formulant le projet et actant de candidatures communes, au besoin au moyen de votations citoyennes. En donnant aux citoyennes et aux citoyens eux-mêmes le pouvoir de maîtriser les choix de projet et de candidatures à l’occasion des principales échéances politiques de notre pays, cette démarche constituerait une innovation majeure dans la vie politique. Elle manifesterait notre volonté commune de secouer un système politique obsolète qui dépossède les citoyens de leurs pouvoirs.. Elle constituerait un signal très fort susceptible d’identifier une offre politique radicalement nouvelle, d’offrir une perspective au mouvement social et, comme en Grèce ou en Espagne, de mobiliser à nouveau des catégories populaires aujourd’hui résignées à l’abstention. Ainsi serons-nous fidèles à notre raison d’être et pourrons-nous retrouver dans la société le rôle utile qui doit nous identifier.

Cette feuille de route présente en outre le mérite de tenir compte de l’existence de la candidature de Jean-Luc Mélenchon, ce que semble ne pas vouloir faire la direction nationale. Sa décision unilatérale est certes dommageable. Mais elle pouvait être anticipée. A ce stade, peut-on concevoir de construire, une réponse politique qui n’en tiendrait pas compte et qui serait concurrente de celle que construit Jean-Luc Mélenchon ? Ne serait-ce pas ajouter de la division alors que nous prétendons la limiter ? Nous ne proposons pas de rallier à la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Notamment parce que celle-ci, prend aujourd’hui des formes, notamment de personnalisation, qui ne nous semblent pas justes. Mais le cadre que nous proposons, parce qu’il s’inscrit dans la logique du Front de gauche, ne permettrait pas à Jean-Luc Mélenchon de poursuivre longtemps son « cavalier seul ». La force citoyenne de la démarche s’imposerait à lui, comme à nous tous.

Le Parti

Le cœur de notre texte vise à affirmer qu’il faut un parti adapté à ce projet et à cette démarche politique. On ne peut en rester seulement à des améliorations certes nécessaires – comme une direction plus transparente, rendant mieux compte de ses débats, évaluant les conséquences de ses prises de décisions… Il nous faut un parti transformé qui prennent mieux en compte l’absolue nécessité de l’horizontalité, les mouvements sociaux. Un parti qui puisse aider les citoyens à être acteurs d’une démarche participative. Au fond, il s’agit d’en finir avec la logique de rassemblement citoyen autour d’un ou de partis, mais bien d’un parti communiste, fort de toute sa richesse, au service du rassemblement citoyen.

Mais cela aussi, cela ne peut être fait dans le vide ou dans une ouverture résumée à la gauche du PS. Cela n’est possible que si nous assumons notre parti pris communiste et la radicalité de nos propositions.

Faire bouger les lignes

Nous le disions, ce texte est un événement, en particulier parce qu’il a déjà permis de faire bouger les lignes.

Son existence même a conduit la direction nationale du PCF à évoluer, ou à tenter de donner des signes d’évolution. Le Front de gauche, unilatéralement déclaré « un échec », était enterré en décembre dernier dans les déclarations de la direction nationale. Il a progressivement resurgit dans les discours, notamment dans la résolution du Conseil national du 15 avril dernier (même si celle-ci ne se propose pas de relancer « le Front de gauche », c’est à dire l’objet politique commun que nous avons initié, mais de « renouveler la démarche de rassemblement initiée avec le Front de gauche », donc de passer à autre chose).

Même chose pour les « primaires de toute la gauche ». Après s’être dit « prête à tout discuter » mi-janvier 2016, la direction de notre parti s’est ensuite massivement investie dans cette construction, sans consulter d’ailleurs les militants communistes. Notre secrétaire national est même allé jusqu’à accepter la participation de François Hollande à ces primaires, affirmant sur France Inter le 21 février « n’avoir « aucun problème » avec cela car j’ai confiance dans le choix que feront les citoyens de gauche ». Il ajoutait : « Nous, on pense qu’il faut d’ici l’été des débats citoyens dans tout le pays. Il faut à partir de là écrire un socle politique partagé, pas un programme, un socle minimum qui garantirait une sorte de droit d’entrée dans la primaire, à la fois pour les électeurs et pour les candidats, et puis ensuite des déclarations de candidature et une primaire à l’automne ». Depuis, face à la pression montante des adhérents de notre parti exprimant leur désaccord, et l’exigence de clarté porté par notre texte, la direction a dû reculer, ce montrant moins affirmative et beaucoup plus floue sur le périmètre, notamment en raison de l’évidence croissante que le parti socialiste présenterait quoiqu’il arrive une candidature conforme à son projet social-libéral. Au dernier Conseil national, les débats ont permis d’exclure François Hollande formellement du processus de primaire. Mais la résolution adoptée continue de faire comme s’il était possible de rassembler les adversaires et les soutiens aux politiques menées depuis 2012, en invitant « les forces disponibles dans toute la gauche sociale et politique pour une construction alternative à la politique de François Hollande ».

Pour lever ces ambiguïtés, pour aller vers une véritable clarification et une construction commune de tous les communistes, il faut donc que notre texte rassemble le maximum de votants, et deviennent, s’ils en décident, la base commune de discussion de tous les communistes.

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