« Temps du commun , « Avenir en commun », faisons front commun

Ci-après, mon intervention devant le Conseil national du Parti Communiste Français le 24 septembre 2016. A l’issue de ce Conseil national, un relevé de décisions a été adopté. Malheureusement, elles ne permettront pas l’entrée rapide en campagne des communistes.


Chers camarades,
Nous sommes à six mois de l’élection présidentielle, à huit des législatives. Notre parti est le seul qui ne soit pas en campagne. C’est une situation exceptionnellement préoccupante.

Notre campagne « Que demande le peuple » n’a toujours pas décollé. Alors logiquement, on nous propose de la prolonger ce qui ne changera probablement rien à l’affaire. Et il faut une bonne dose de lyrisme et le talent d’Olivier (NDA: Dartigolles) pour en faire un événement politique considérable : « vous vous rendez compte » s’exclame-t-il dans l’Huma. La réalité, c’est que dans la plupart des cas, les communistes ne s’en sont pas emparés. Non, parce qu’il ne sont pas de bons militants, ni parce qu’il n’ont pas envie d’aller à la rencontre de la population, mais parce qu’ils mettent en doute l’utilité de ce questionnaire, non pas en soi, mais dans ce moment politique. Nous sommes à contretemps. Le temps d’aujourd’hui est celui des propositions, de la mise en débat d’un projet, de candidatures. C’est le temps du débat public. Et nous n’y sommes pas, résultat nous sommes hors du paysage, dans un impasse, ce que la presse nous rappelle régulièrement avec gourmandise.

Et cela plonge les communistes dans un certain désarroi. On se crêpe le chignon sur les réseaux sociaux. L’affect tient trop souvent lieu de raisonnement, pour défendre telle option ou condamner telle autre. Et ceux qui veulent radicaliser les débats, couper les ponts, se frottent les mains.

Plus grave, sur le terrain, en dehors de la grande consultation, on a globalement un parti arrêté. Dans la plupart des 577 circonscriptions, nous ne menons pas campagne. Comment pourrait-on d’ailleurs, sur quel programme, avec quelle liaison avec la présidentielle dont nous savons tous qu’elle surplombe pour l’instant toute narration politique ?

Il donc faut revenir à la réalité. Non pas pour s’y soumettre comme je l’ai entendu, mais pour peser sur elle. Car on ne fait pas bouger les lignes d’un paysage politique qui n’existe pas, mais en partant d’une réalité politique.

Elle est désormais assez simple même s’il y a des inconnues.

1. Il y aura une candidature sociale libérale. Elle sera incarnée par Macron, Hollande ou Valls. A l’évidence, la fronde ne perce pas au PS.

2. Il y a pourtant un espace pour une candidature authentiquement de gauche. Parmi les candidatures qui prétendent l’incarner, celle de Jean-Luc Mélenchon se détache très nettement. Elle se situe entre 12 et 15 points. Son décrochage maintes fois annoncé n’est pas à l’ordre du jour, au contraire, il progresse, notamment dans l’électorat socialiste de 2012 : près d’1/5e des électeurs de Hollande… Non seulement l’effet 2012 existe encore, mais l’hypothèse d’une gauche anti-libérale passant devant l’autre, libérale, prend corps.

3. Rien ne semble en mesure d’empêcher le scénario d’un second tour droite / extrême droite qui reste dominant depuis un an. Mais, l’incertitude est grande. Et dans cette incertitude, le scénario saugrenu hier, improbable aujourd’hui, d’un second tour Marine Le Pen / Mélenchon, désormais testé par les sondeurs, n’est pas le moindre des trous de souris auxquels tout le monde se raccroche à gauche. Il commence d’être testé par les sondeurs, et… tournerait à l’avantage du dernier. Peut-être parce qu’il n’est pas improbable que des électeurs finissent par décorréler dans leur vote, colère et pulsion morbide.

4. Évidemment, cela donne des ailes à Mélenchon et lui donne des raisons supplémentaires d’aller au bout. Comme prévu, ces bons résultats compliquent chaque jour un peu plus les discussions que nous devrions avoir avec lui. Rater le rassemblement en 2012 n’aurait profité à personne. Mais en 2017, même un demi succès assurera le leadership de Mélenchon sur la gauche anti-libérale, et conduirait à un nouvel affaiblissement du PCF.

Il y a urgence à entendre ce qui monte dans le parti, dans le front de gauche, les appels à l’unité, à faire front commun. Posons clairement nos exigences, en terme de campagne, de contenu. Ne cédons par aux logiques sectaires, regardons ce qui nous rassemble. Le programme de la France insoumise évoque l’impératif de se penser un « avenir en commun », et nous celui du « temps du commun ». Cela en fait, du « commun ». N’inventons pas des Himalaya infranchissables là où il n’y a que des débats à mener sérieusement. Prenons maintenant toutes les initiatives qui nous permettrons d’entrer au plus tôt en campagne, et au plus tard à l’issue de la conférence du 5 novembre.

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