Un congrès (vraiment) extraordinaire ?

Mon intervention devant le Conseil national du PCF ce jour.

Il y a plusieurs manières d’aborder notre congrès extraordinaire.

La première consiste à considérer que, pour l’essentiel, nos difficultés sont dues à un problème de communication, d’organisation, de direction. Cette approche part du principe que nous avons de bonnes propositions, une bonne analyse de la société, des rapports de force, mais que nous les servons mal.

Cette lecture ne nous est pas d’un très grand secours car elle contourne l’obstacle me semble-t-il. Ce serait le pire.

Une autre, c’est de noyer nos débats dans une avalanche de questions…

Une dernière consiste à répondre à quelques questions décisives et de la manière la plus la nette et la plus concrète.

Notre premier défi, nous le connaissons. Le communisme, qui est notre raison d’être, est devenu inaudible dans la société. Bien sûr, pour 32 % des jeunes, il reste d’actualité, et c’est une source d’espoir, mais dans le même sondage publié par l’Humanité, 69 % des jeunes considèrent le communisme comme négatif ou très négatif, sans compter les 20 % qui s’en fiche…

Cela ne doit pas seulement nous amener à nous interroger sur le poids de l’histoire, mais surtout à nous demander si notre projet politique actuel correspond aux aspirations et aux luttes qui traversent notre société et, à partir de là, dessinent la perspective d’une société enfin débarrassée de l’aliénation.

Pourquoi, alors que l’enjeu écologique, devenu anthropologique et donc indissociable de l’enjeu social, ainsi que l’idée s’en répand dans la société, et comme nous le prétendons parfois, pourquoi cette question reste-t-elle globalement contingente dans notre projet et notre activité ? Et donc comment la mettre réellement au cœur, et que ça se voit ?

Sommes-nous prêts à tout interroger : par exemple, ne pas traiter comme une concession à l’air du temps, le fait d’ouvrir le débat sur le nucléaire quand tout nous y invite. Ne pas opposer le désir de dépassement de l’emploi qui monte dans la société, avec le besoin de le sécuriser. Sur l’Europe, alors qu’un débat secoue les progressistes européens sur les conditions à réunir pour « changer (réellement) l’Europe », ne faisons pas non plus comme si le débat était tranché. Et ainsi de suite, sur les articulations nouvelles du combat féministe, ou anti-raciste, sur les luttes pour la maîtrise citoyenne des technologies,.. et quelques autres questions, nous devons mener ce débat sans tabou sur le projet communiste.

Et sans tabou non plus sur notre stratégie.

Il faut ainsi se donner une chance de comprendre comment il est possible que nous n’ayons pas vu ou voulu voir venir les bouleversements politiques qui ont étrillé les forces politiques traditionnelles en 2017 ? Les signes existaient pourtant. Nous avons voulu rassembler la gauche, quand les électeurs voulaient s’en débarrasser. Le résultat, nos zigzags nous ont rendu illisibles. Les gens ne savaient plus si nous combattions la ligne libérale du PS, ou si l’on s’y résignait ? Et quant à peser sur le PS pour qu’il revienne à gauche, ils n’ont jugé ni crédible ni utile de nous y aider.

Un congrès sans tabou s’interrogera : sommes-nous arrivé à ce point parce que nous avons une mauvaise stratégie et qu’il faut en changer, comme certains camarades aujourd’hui semblent désormais le découvrir, ou parce que nous n’avons pas voulu aller au bout de la stratégie du Front de gauche ?

Nous devons répondre d’ailleurs à la question : à quoi donc correspond désormais le logo « Front de gauche » à laquelle notre logo reste adossé ? Témoigne-t-il de notre intention de bâtir une force commune qui respecte les identités politiques à rassembler, qui donne du pouvoir aux citoyens.

Pour être extraordinaire, notre congrès doit répondre à quelques questions, pas à une avalanche indistincte comme la note que j’ai reçu nous y invite, sans désigner de véritables pistes de réponses concrètes. Quelques questions seulement.

Et puis nous devons envoyer un message puissant à la société et qui témoigne : « il se passe quelque chose au Parti communiste français ». Là aussi, comment se donner les moyens pour que l’avalanche d’initiatives proposées dans la prochaine période, aient plus d’écho dans la société que nos États généraux du progrès social. C’est la condition pour que les communistes s’emparent massivement des débats et que notre congrès soit réellement extraordinaire.

2 réflexions sur “Un congrès (vraiment) extraordinaire ?

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