Enfin rassemblés !

Avant hier, 3 mai 2022, journée anniversaire de la victoire du Front populaire en 1936, le PCF et l’Union Populaire ont enfin signé un accord en vue du rassemblement des forces de la gauche et de l’écologie aux élections législatives. Des débats d’importance se sont tenus lors des conseils nationaux du PCF des 30 avril et 3 mai 2022.

Depuis des années, je mène avec d’autres communistes ce qu’on appelle à juste titre « un combat », celui de l’union autour d’un projet de rupture avec le libéralisme. Je suis heureux que la raison l’emporte, et que chacun ait trouvé la ressource pour défendre l’intérêt du mouvement dans son ensemble.

La bonne nouvelle est donc là, enfin ! Et le Parti communiste a su à nouveau témoigner d’un des ressorts qui le caractérisent : oeuvrer pour rassembler, au-delà de ses intérêts propres, au service de celles et ceux qui ont intérêt au changement. Et la victoire est possible !

J’avais choisi de ne pas publier immédiatement mes interventions lors de ces séances alors que les délégations des deux forces discutaient. Dès lors que l’accord proposé a été ratifié largement lors du Conseil national du 3 mai (120 voix pour, 25 contre, 13 abstentions), je publie mes deux interventions.

Conseil national du 30 avril 2022

Je ne reviendrai pas sur les raisons qui nous ont conduit à maintenir jusqu’au bout, notre candidature à l’élection présidentielle, mais reconnaissons-le, nous avons refusé d’écouter ce qui s’exprimait dans le pays qui réclamait à la fois une grande exigence transformatrice que nous avons contribué à semer depuis 20 ans, et qui demandait que tout soit fait pour éviter un duel Macron/Le Pen.

Alors, faute que le PCF ait su le faire, les électeurs l’ont fait tout seuls. Ils ont, en votant pour l’Union populaire, cherché ce qui pouvait comme dirait Marx, représenter dans sa totalité, les espoirs épars du mouvement.

En dépit de nous, cette aspiration a donc trouvé le moyen de s’exprimer puissamment dans le pays et elle va continuer à le faire aux législatives. Jean-Luc Mélenchon a saisi au vol cet espoir, en se portant candidat pour être Premier ministre, ce qu’un camarade nous suggérait ici-même de devancer en en faisant nous-même la proposition.

C’est bien le rebond de l’espoir qu’il s’est efforcé de capter en vue des législatives. Et non sans un certain succès, sa proposition étant chaque jour accueillie plus favorablement dans le pays. C’est pourquoi, une seule question nous est posée : allons-nous enfin écouter ? Des millions d’hommes et de femmes, n’attendent de nous qu’une seule chose. Que nous puissions donner le plus d’élan au vote qu’ils ont exprimé à la Présidentielle et le prolonger aux législatives.

Je vois des camarades qui pensent que l’heure est à peaufiner les murailles de nuances qu’ils ont patiemment élevés entre l’Avenir en Commun et le programme des jours heureux. Il faut arrêter : avec ses limites, cela fait 40 ans qu’il n’y a pas eu sur la table à gauche un projet si ambitieux.

L’application immédiate de ce qui est sur la table de discussion, le SMIC à 1.400 euros, la retraite à 60 ans, le blocage des prix, les services publics refinancés, tout cela serait une immense bouffée d’oxygène pour notre peuple. C’est la seule chose qui devrait compter à nos yeux. C’est la seule chose dont nous seront comptables.

Comme nous serons comptables de ne pas avoir tout tenté pour endiguer l’enracinement massif à l’Assemblée nationale d’une extrême-droite qui a historiquement progressé à la présidentielle, et qui a désormais en ligne de mire 2027. Choisir à nouveau l’isolement serait une faute politique très lourde, et nous aurons dès demain à l’expliquer aux travailleuses et travailleurs qui vont défiler dans les rues de France. Je n’ose même pas imaginer que nous soyons la seule force à gauche, à nous tenir à l’écart de ce rassemblement.

Reste les circonscriptions. La proposition qui nous est faite est certes le produit d’un rapport de force que nous avons voulu établir, et qui nous est peu favorable. Mais elle doit être saisie pour les raisons politique profondes que j’ai déjà exprimé.

Elle doit être saisie pour que nos sortants bénéficient de l’union, faute de quoi il y a fort à parier que nombre d’entre eux feront les frais de la division. Elle nous garantit 50 circonscriptions. Cette proposition peut peut-être décevoir, mais aucun de nos arguments de « parti » ne sera entendable par la population. Le plus important est ailleurs, en particulier dans la meilleure prise en compte des spécificités des territoires pour la réussite de ce rassemblement, et des atouts que nous pouvons mettre en avant : je pense à Avion, à Malakoff ou encore à Vierzon.

Nous avons un rendez-vous avec l’histoire. Mettons toutes nos forces pour travailler à ce que cette union soit victorieuse en juin.

Conseil national du 3 mai 2022

Je veux saluer les efforts des négociateurs afin que notre parti soit respecté dans cet accord. Compte tenu du rapport de force défavorable établit par l’élection présidentielle, c’était une tache difficile.

Je crois d’abord que l’élément le plus important dans cette proposition d’accord, c’est que notre parti envoie dans la population un signal, quelque chose comme « message reçu » alors que la pression est très forte pour le rassemblement sur un contenu véritablement transformateur.

Un mouvement puissant s’est levé aux présidentielles. Et à l’évidence, il va chercher à se prolonger aux législatives. Qui aurait pu comprendre que nous n’en soyons pas, non pas pour s’y diluer, mais pour y contribuer, comme des poissons dans l’eau ?

Au-delà de notre indispensable autonomie de parole et d’initiative, revendiquons par exemple de pouvoir porter la parole commune du rassemblement. Ne nous situons pas en marge, mais au coeur du rassemblement, en y étant pleinement communiste, c’est-à-dire en y apportant ce que nul autre que nous peut faire : porter un haut niveau d’exigence sur les contenus, tout en priorisant toujours l’intérêt du mouvement dans sa totalité, pour reprendre les mots de Marx.

C’est d’ailleurs fort de cette expérience d’un PCF utile au rassemblement, que des générations d’hommes et de femmes tout au long de son histoire, ont rejoint ses rangs. 

En ce jour anniversaire de la victoire du Front populaire, c’est un puissant signal. Il semble qu’il soit reçu cinq sur cinq par le pouvoir en place qui s’inquiète de cette union. La victoire ou tout au moins une forte poussée de la gauche et de ses idées est possible. Ce doit être notre seule boussole.

Certaines questions demeurent, bien-sûr. J’en pointe une pour finir, la question des suppléants et de la possibilité d’avoir la mixité de candidatures. Nous en avons besoin parce qu’elle assure la visibilité des forces, surtout dans les départements où notre parti ne présentera pas de candidat. Mais aussi parce qu’elle permet de créer les dynamiques locales à partir de la diversité des forces.

Enfin, je peux comprendre l’amertume de camarades dont la candidature ne sera pas commune. Les dissidences des uns justifieront les dissidences des autres, avec toutes les menaces que cela fait peser sur nos candidats.

Pour toutes ces raisons, je voterai cet accord.

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