« Classe contre classe »


« Classe contre classe »

L’expression est venue à plusieurs reprises dans la bouche de Fabien Roussel, venu défendre, hier soir devant de nombreuses et nombreux militants communistes de Seine-et-Marne, le texte de base commune qu’il a fait adopter par le conseil national, et faisant d’une pierre deux coups, sa propre candidature à l’élection présidentielle.

« Classe contre classe » ! Avec ces mots qui claquent comme un drapeau rouge à l’entrée de Renault Billancourt, c’est toute une magie qui est convoquée, celle d’un parti communiste ressuscité, combattif et déterminé, menant la classe ouvrière à l’assaut d’un grand capital tout en cigare et haut de forme. Les camarades qui ne demandaient qu’à être convaincu, furent ravi de voir une telle détermination chez notre secrétaire national, et la promesse renouvelée d’un « come back » à venir du PCF, huit ans après l’avoir déjà annoncée.

Mais à la réflexion, il n’est pas sûr que l’irruption du terme « classe contre classe » soit improvisée, et répétée tout au long de la soirée seulement pour sonner agréablement à l’oreille. Dans une contribution récente et à propos de la désunion à gauche qu’il juge indépassable, André Chassaigne s’interroge : « Comment ce constat pourrait nous conduire à être les seuls à abandonner la bataille idéologique et ne pas faire valoir, classe contre classe, nos propositions ? ». À Toulouse, dans un meeting de la Fête de l’Humanité de la Haute-Garonne, Fabien Roussel s’époumonait avec ferveur le week-end dernier : « Je vous appelle à être offensif, pour mener et gagner cette lutte des classes. Classe contre classe, ne lâchons rien ! ». Et hier soir donc, rebelote.

Cette irruption du « classe contre classe » ne nous informe pas seulement sur les effets de tribune du secrétaire national pour, en quelque sorte, « faire marxiste ». La formule vient en réalité arrimer à près d’un siècle de là, le PCF à une ligne stratégique d’isolement qu’il a déjà expérimenté, puisqu’aussi bien André Chassaigne que Fabien Roussel ne peuvent ignorer que la formule fut retenue pour qualifier la stratégie établie lors du 6e congrès de l’Internationale Communiste en 1928. Une ligne qui, sous couvert d’affrontement de classe, dépeignait le reste de la gauche comme un ennemi presque aussi dangereux que le fascisme lui-même… Toute ressemblance avec le pugilat en cours à gauche etc..

À l’époque, l’isolement mortifère du PCF auquel conduisit ce choix stratégique, percuté par la poursuite de la montée en puissance des fascismes dans l’Europe entière, fut fort heureusement interrompu par le sursaut du mouvement ouvrier, après la tentative de coup de force des ligues factieuses d’extrême droite du 6 février 1934. Une mobilisation qui, combinée à l’inflexion stratégique de la direction du PCF entre 1934 et 1936, conduisit in fine aux dynamiques de front populaire dont nous fêtons cette année le 90e anniversaire.

Ainsi, à la différence de l’Allemagne, où le choix du « classe contre classe », coupant la gauche en deux blocs irréconciliables, facilita l’accession des Nazis au pouvoir, en France l’extrême droite fut contenue et ne put accéder aux responsabilités que dans les valises de l’armée allemande. À la place, ce choix du « Front populaire », avec une primauté forte au mouvement populaire, non seulement opéra comme un front antifasciste efficace, mais permit également sous la pression des usines en grève au printemps 1936, des conquêtes sociales d’une ampleur alors inégalée.

Certes, nous ne sommes pas en 1934. Et le Parti communiste n’a plus la même influence sur la vie politique française. Mais il peut, aujourd’hui encore, être l’un des artisans essentiels du front populaire antifasciste que la période exige de bâtir. Loin des moulinets verbaux, c’est le véritable combat de classe de notre temps. C’est ainsi qu’il sera utile. Et c’est ainsi qu’il reprendra des couleurs et de la force.

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